Les rénovations viennent toujours avec leur lot de surprises, souvent coûteuses, parfois désastreuses. Guillaume De L'Isle a toutefois vécu l'inverse quand il a entamé d'importants travaux dans son appartement d'Outremont. Le hasard a fait son oeuvre pour qu'il découvre un petit bijou: le savoir-faire d'un artisan du chanvre, Anthony Néron.

Mis à jour le 25 oct. 2016
Sophie Ouimet LA PRESSE

Propriétaire de la boutique de couteaux japonais L'Émouleur, avenue Laurier Ouest, Guillaume De L'Isle avait embauché les architectes de l'Atelier Barda pour rénover de fond en comble le logement qu'il venait d'acquérir, situé à un jet de pierre de son commerce.

Pendant les travaux, Anthony Néron, spécialisé en maçonnerie traditionnelle, était sur place pour faire le rejointement du mur de briques intérieur selon une technique ancestrale. «J'utilise un mortier naturel, fait avec de la chaux et du sable seulement, explique Anthony Néron. Il n'y a pas de ciment Portland dedans.»

Tout en travaillant sur le mur mitoyen, il a constaté que les murs extérieurs n'étaient pas encore isolés. Il a alors proposé au propriétaire d'utiliser des blocs de béton de chanvre plutôt que d'opter pour un isolant traditionnel.

Fabriqués de manière artisanale, ces blocs représentent une méthode propre et saine qui, en plus d'être durable, permet de réguler la température dans la maison toute l'année.

«Anthony m'a expliqué son projet et j'ai dit "Oui, oui, c'est super!", raconte Guillaume De L'Isle. Il est arrivé juste au bon moment.» C'est ainsi que leur alliance s'est soudée, et cette union allait se poursuivre pour toute la durée des travaux.

Une fois l'isolation terminée, Anthony Néron a recouvert les murs sans avoir recours au gypse. «Il s'agit d'une finition à la chaux et au sable, enduite à la truelle», explique-t-il.

Résultat: une surface moins uniforme que le gypse, mais qui possède une texture plus riche. «C'est un peu comme regarder un nuage, poursuit l'artisan. C'est nuancé, il y a de la profondeur...»

«Ce sont des murs artisanaux, ils sont tous faits à la main. Ils ne sont pas parfaits, ces murs-là, et c'est ça qui est beau.», explique le propriétaire de l'appartement.

Les murs de la salle de bains ont également été finis au sable et à la chaux, selon une autre méthode ancestrale, le tadelakt. «C'est une technique marocaine. On fait des hammams avec ça, des bains de vapeur... C'est un enduit qui a 2000 ans d'histoire», soutient Anthony Néron.

La finition au tadelakt est semblable à celle des autres murs, mais on y applique davantage de chaux. La surface est ensuite polie aux galets et finie au savon noir. «Le savon noir vient fusionner avec la chaux et ça la rend imperméable», poursuit l'artisan.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

On peut voir que la finition au sable et à la chaux est différente de celle du gypse. Elle donne aussi un caractère au mur. «On voit bien les arêtes, note Guillaume De L'Isle. C'est un travail de patience, de minutie; tout est fini à la truelle.»

Ce savon à base d'huile d'olive sera ensuite utilisé pour l'entretien de la surface en tadelakt. Car évidemment, ces matières naturelles exigent un certain soin, largement récompensé par leur durabilité. «Pour les matières naturelles, on va aller vers les huiles et les cires plutôt que les vernis, résume Anthony Néron. Avec les produits chimiques, il n'y a pas d'entretien, mais en fin de vie, il faut les jeter à la poubelle.»

Retour à l'essentiel

La rénovation de cet appartement bien d'aujourd'hui a été réalisée à l'ancienne, en quelque sorte. «Ici, c'était une combinaison d'un autre temps, comme à l'époque où les architectes travaillaient avec les artisans», illustre Antonio Di Bacco, architecte à l'Atelier Barda, qui a travaillé avec sa collègue Cécile Combelle sur le projet.

En effet, en plus d'Anthony Néron, de l'entreprise Art du chanvre, plusieurs autres artisans ont mis la main à la pâte: des ébénistes, des ingénieurs, des petits entrepreneurs...

Malheureusement, certains de ces artisans ont fermé boutique depuis. Car les propriétaires comme Guillaume De L'Isle, prêts à investir temps et argent pour une durabilité à long terme, ne courent pas les rues.

Le principal intéressé croit tout de même fermement qu'il existe une demande pour ce genre de service plus pointu et personnalisé. «Il y a un marché pour ça. Il est peut-être plus petit, mais il existe... Il faut que ces artisans-là le trouvent et que les clients trouvent les artisans aussi», conclut-il.

PHOTO FOURNIE PAR ART DU CHANVRE

Anthony Néron a utilisé des blocs de béton de chanvre pour isoler l'appartement de Guillaume De L'Isle. Fabriqués de manière artisanale, ces blocs représentent une méthode propre et saine qui, en plus d'être durable, permet de réguler la température dans la maison toute l'année.