Il y a des rénos qui tournent mal et qui se transforment en véritable cauchemar. Mais il y en a d’autres qui font du bien. Beaucoup de bien. C’est le cas de celles qu’a entreprises Sandra Lyne Perreault, quelques mois après la mort de son mari, avec le soutien indéfectible de son fils, Jérémy Perreault-Côté. Ils ont commencé par la cuisine, puis la maison en entier a été métamorphosée.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

« On a acheté une maison construite en 1955, il y a 15 ans, à Dorval, raconte Mme Perreault. Mon mari, Michel, et moi, on a rêvé de la rénover. On avait même acheté tout ce qu’il fallait pour refaire la salle de bains. Mais il est mort d’une crise cardiaque, le 23 mai 2019. J’ai décidé d’honorer sa mémoire en réalisant tous les rêves qu’on avait ensemble. »

Au fil des ans, ils avaient changé les fenêtres et les portes, et avaient refait le toit. Michel Groulx, très habile de ses mains, et Sandra Lyne Perreault, douée artistiquement, s’étaient amusés à faire quelques projets dans la maison. Ils avaient donné le coup d’envoi à la rénovation de la cuisine, en enlevant toutes les portes, mais n’avaient pas trouvé le temps d’y donner suite. À l’automne 2019, quelques mois après la disparition de celui qu’il considérait comme son père, Jérémy a soulevé l’idée de refaire la cuisine. Ce fut le début d’une superbe collaboration entre la mère et le fils, qui les a beaucoup rapprochés et les a aidés à traverser leur deuil.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Sandra Lyne Perreault

« J’ai habité trois ans en Ontario et j’ai été loin d’elle pendant plusieurs années, révèle Jérémy, qui était agent de bord chez Air Canada jusqu’en mai dernier. On a beaucoup travaillé ensemble, pour choisir les matériaux et les couleurs. Cela lui a aussi montré que je peux faire des choses manuelles dans une maison. Elle m’a dit plusieurs fois que Michel serait fier de moi. »

Les rénovations ont eu un effet thérapeutique, croit Mme Perreault.

À chaque étape, on se disait que Michel aurait aimé cela et qu’il aurait été content. On pensait à lui. Cela nous a fait du bien d’avoir un projet commun.

Sandra Lyne Perreault

« Jérémy s’est vraiment investi. Il a lui-même installé le kit dans ma penderie de style walk-in. Tout mon linge est maintenant à sa place », ajoute-t-elle.

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Ce coin dans la cuisine rend hommage à Michel Groulx et à sa passion pour cuisiner. Il était très fier des petits bocaux à épices, qu’il avait emplis et identifiés. C’est le dernier projet qu’il a fait avant d’être terrassé par une crise cardiaque, le 23 mai 2019.

De fond en comble

La rénovation de la cuisine a été le point de départ d’une série de travaux qui ont permis de remettre la maison à niveau. Alors que les diverses composantes de la cuisine ont été achetées chez IKEA (armoires, électroménagers et hotte) et ont été installées par un professionnel, Mme Perreault désirait aller plus loin pour la suite. Elle s’est tournée vers le service RénoAssistance et ne l’a jamais regretté. « Étant veuve, j’avais peur de me faire avoir, confie-t-elle. Je voulais qu’on me réfère un entrepreneur digne de confiance. J’ai adoré le contracteur, Mihai. »

La propriétaire s’est fait plaisir en sacrifiant une pièce au rez-de-chaussée pour agrandir la salle de bains et doter sa chambre d’une penderie de style walk-in. Pour accueillir sa mère, elle a modernisé le sous-sol. Chemin faisant, la plomberie, l’électricité et même les escaliers ont été refaits et un drain français a été installé.

  • Sandra Lyne Perreault rêvait avec son mari d’agrandir et de rénover sa salle de bains. Elle est certaine qu’il approuverait ce qui a été fait, en collaboration avec leur fils Jérémy.

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    Sandra Lyne Perreault rêvait avec son mari d’agrandir et de rénover sa salle de bains. Elle est certaine qu’il approuverait ce qui a été fait, en collaboration avec leur fils Jérémy.

  • Sandra Lyne Perreault voulait ajouter de la couleur dans la salle de bains. Son fils Jérémy et elle ont eu plusieurs discussions avant de s’entendre sur la teinte de la peinture, qui couvrirait un des murs. Ils sont heureux tous les deux du résultat.

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    Sandra Lyne Perreault voulait ajouter de la couleur dans la salle de bains. Son fils Jérémy et elle ont eu plusieurs discussions avant de s’entendre sur la teinte de la peinture, qui couvrirait un des murs. Ils sont heureux tous les deux du résultat.

  • La murale de macramé confectionnée par Rita Paradis, la mère de Sandra Lyne Perreault, a été accrochée à l’endroit où se trouvait l’ancien mur de la salle de bains. La pièce était tout juste de la largeur de la baignoire originale de fonte, qui se trouvait sous la fenêtre, à droite.

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    La murale de macramé confectionnée par Rita Paradis, la mère de Sandra Lyne Perreault, a été accrochée à l’endroit où se trouvait l’ancien mur de la salle de bains. La pièce était tout juste de la largeur de la baignoire originale de fonte, qui se trouvait sous la fenêtre, à droite.

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Pour elle, c’est le jour et la nuit, particulièrement dans la salle de bains. « Je détestais la salle de bains datant des années 1950 dans le premier appartement où nous avons habité, révèle-t-elle. Quand nous avons acheté la maison, en 2005, j’ai détesté tout autant la salle de bains, qui datait de la même époque. »

« Comme la baignoire en fonte n’était presque plus émaillée, je n’ai pris que des douches pendant 15 ans, ajoute Mme Perreault. Je rêvais d’une grande douche et d’une baignoire sur pattes confortable. C’est pourquoi il a fallu agrandir la salle de bains. Je tenais aussi à avoir une laveuse et une sécheuse au rez-de-chaussée. Les appareils sont superposés et cachés dans une armoire. Ma mère se sert de mes anciens appareils, demeurés dans le sous-sol. »

Des rénos en temps de pandémie

Mme Perreault a pu compter sur le soutien de Jérémy et de ses deux autres enfants, Joannie et Valérie, pour faire face aux conséquences de ce que personne n’avait prévu : la pandémie. L’entrepreneur a commencé les travaux le 23 mars 2020. La première journée, il a eu le temps d’abattre un mur et de tout détruire dans l’unique salle de bains de la maison. Le lendemain, l’industrie de la construction tombait en pause pour un mois.

PHOTO FOURNIE PAR SANDRA LYNE PERREAULT

La salle de bains a été agrandie en empiétant grandement sur la pièce adjacente.

Les gyms étant aussi fermés (le plan B de la propriétaire pour prendre des douches pendant les rénos), cette dernière a profité de l’hospitalité de ses enfants et de la gentillesse de voisins. Pendant plusieurs semaines, elle a dû composer avec une seule toilette dans le sous-sol. Elle s’est résolue à acheter une toilette de camping portative, qu’elle a mise dans sa chambre.

« Je ne me voyais pas descendre l’escalier à moitié endormie la nuit, explique-t-elle. Ç’a été le seul bout difficile. »

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Pour donner un coup de main, Jérémy a pris un mois de congé sans solde, après un dernier vol de rapatriement, effectué le 31 mars, ne se doutant pas qu’il serait par la suite mis à pied. Il était épuisé. « Les derniers mois avaient été éprouvants au travail, dévoile-t-il. Michel avait toujours voulu rénover la maison. Mes parents l’ont achetée pour nous offrir la chance d’avoir chacun notre chambre, dans le sous-sol. C’était une grande fierté pour eux. C’était rendre honneur à Michel que de terminer les projets qu’il avait commencés. »

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Sandra Lyne Perreault a pu compter sur les judicieux conseils de son fils, Jérémy Perreault-Côté. Ce dernier a fait beaucoup de recherches et s’est retroussé les manches pour aider à finir ce que son père avait entamé, mais n’avait jamais eu le temps de terminer.

Il a fait beaucoup de recherches en ligne et a parcouru de nombreux magasins et centres de rénovation. Il s’est aussi retroussé les manches, démolissant tout dans le sous-sol, afin qu’il soit rénové de fond en comble. « Cela m’a changé les idées », affirme-t-il.

« Jérémy est un ange, renchérit Mme Perreault. Il voulait que sa mère soit heureuse, pour qu’elle ne pleure plus. »

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Michel Groulx est encore très présent dans la maison. Dans le couloir, les murs sont tapissés de photos évoquant des jours heureux. Il y a aussi un touchant rappel du don d’organes qu’il a effectué, grâce à la Mission du Dr Marsolais.

Elle a utilisé une partie de l’assurance-vie, qui lui a été versée, pour effectuer les travaux. « On s’était très bien protégés tous les deux », précise-t-elle. Elle en a profité pour réorienter sa carrière, qui lui causait énormément de stress, sachant que c’est justement le stress qui lui avait volé prématurément son mari, à l’âge de 52 ans. Elle est retournée aux études dans un domaine qui la passionne, la comptabilité. Et elle profite de sa salle de bains, certaine que Michel serait heureux pour elle.

« C’est un petit coin de bonheur, calme et relaxant, dit-elle. Cela fait juste du bien. »