En rénovation, les surcoûts sont malheureusement monnaie courante. Quelles en sont les raisons ? Comment savoir s’ils sont justifiés ? Comment se protéger et éviter de payer des factures abusives sans se mettre hors la loi ? Conseils d’experts.

Emmanuelle Mozayan-Verschaeve Emmanuelle Mozayan-Verschaeve
Collaboration spéciale

« Certains surcoûts sont légitimes, d’autres, non. Dans certains cas, il peut y avoir des imprévus que l’entrepreneur n’a pas pu voir avant de commencer les travaux. Par exemple, des moisissures à l’intérieur des murs, ce qui implique une décontamination », explique Éric Périgny, président et fondateur de Réno-Assistance. Mais dans d’autres cas, l’entrepreneur peut avoir essayé d’hameçonner le client avec un prix très bas. « Il faut toujours se méfier quand une soumission est vraiment plus basse que les autres, car le coût de la main-d’œuvre est le même pour tous les entrepreneurs et celui des matériaux aussi », note Éric Périgny.

On pense faire la bonne affaire avec cette soumission moins élevée, mais on peut se ramasser à payer beaucoup plus cher parce que le travail sera de moins bonne qualité ou qu’il y a des manquements au contrat.

Éric Périgny, président et fondateur de Réno-Assistance

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Justifier les imprévus

Certains imprévus, comme les moisissures, sont visibles à l’œil nu et peuvent être constatés sans ambiguïté par le client, mais le problème est moins évident dans certains domaines, dont la plomberie et l’électricité. Par exemple, se retrouver face à un électricien qui remet en question le travail de son prédécesseur et estime qu’il doit entreprendre beaucoup de travaux est difficilement compréhensible pour le client. Marc-André Harnois, directeur général de l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction (ACQC), précise qu’en cas de doute, on peut joindre la Corporation des maîtres électriciens du Québec (CMEQ) et faire appel à un expert pour affirmer ou infirmer le constat de l’électricien ; par contre, son intervention ne sera pas gratuite. Il faut donc faire le calcul en fonction du surcoût de la réparation. La démarche est identique en matière de plomberie (auquel cas on appellera la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec-CMMTQ).

Priorité au contrat

Pour se prémunir contre les impondérables, il faut s’assurer que le contrat (distinct de la soumission) spécifie que tout changement doit être approuvé et signé par le client. Par ailleurs, tous les intervenants s’entendent sur la nécessité de prendre le temps de lire attentivement le contrat avant de le signer. « Le conseil qu’on peut donner au consommateur avant d’entreprendre des travaux est : qu’est-ce qui est inclus dans le contrat ? », informe Sylvain Lamothe, porte-parole de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ).

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Éric Périgny, président et fondateur de Réno-Assistance

Beaucoup de gens font malheureusement affaire avec des entrepreneurs qui fournissent un contrat trop général. Pourtant, c’est important qu’il y ait le plus de précisions possible parce que sinon, c’est facile d’ajouter des coûts.

Sylvain Lamothe, porte-parole de la RBQ

Les matériaux utilisés, le type de travaux effectués, l’échéancier, les débours, l’évacuation des déchets… Plus le contrat est détaillé, moins on risque de voir augmenter la facture. Aussi, il vaut mieux le lire tranquillement plutôt que de le faire en présence de l’entrepreneur pour éviter toute pression et le lui retourner signé par la suite.

Une réputation sans faille

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Autre aspect essentiel : il faut vérifier que l’entrepreneur détient une licence de la RBQ, considérer l’ancienneté de son entreprise et examiner son plumitif judiciaire. « C’est du travail de le faire pour trois soumissions, mais c’est important pour avoir quelqu’un de confiance », pense le fondateur de Réno-Assistance. De son côté, le directeur général de l’ACQC informe que sonder ses proches pour savoir s’ils ont été satisfaits des services de l’entrepreneur vaut de l’or : « Ça n’empêche aucunement les vérifications, mais c’est un point important. »

Recours possible

Si on constate des suppléments qui semblent injustifiés sur la facture, il est possible de les contester, mais il faut tout de même honorer le paiement dès réception de la facture. « Les entrepreneurs ont un pouvoir incroyable au Québec et s’ils ne sont pas payés, ils peuvent faire une hypothèque légale qui leur donne un droit sur la maison. Le meilleur moyen est d’établir le chèque en fonction de la somme réclamée, mais d’y ajouter “Sous protêt”, ce qui signifie que l’on n’est pas d’accord avec la facture, que l’on se réserve donc le droit de réclamer et d’amener l’entrepreneur aux petites créances », conclut M. Périgny.

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Le fameux coussin

Selon Maryse Côté, technicienne en architecture et fondatrice de PlanVision, il faut toujours prévoir au moins 20 % de plus que le devis initial en vue des impondérables : « Les méthodes de travail, les normes et les matériaux évoluent sans cesse dans le monde de la construction. Ce n’est donc pas nécessairement que le travail était moins bien fait avant, c’est qu’il était fait autrement. L’important est de savoir si l’installation est sécuritaire. »