Comme chaque humain sur la planète, Ricardo a été affecté par la pandémie, autant sur le plan professionnel que sur le plan personnel. Il en est toutefois ressorti grandi sur les deux aspects : à la fois avec un nouveau livre, qui compte uniquement des recettes sur plaque, et ressourcé après une remise en question forcée, mais salvatrice. Entrevue.

Sophie Ouimet Sophie Ouimet
La Presse

Pourquoi la plaque ?

D’abord, il y a ce livre, créé à moitié en équipe, à moitié en confinement, mais entièrement consacré à cet outil si simple qu’est la plaque. « Chaque fois que je faisais des recettes de plaque dans le magazine, sur le web ou à la télé, les gens aimaient beaucoup ça, lance Ricardo Larrivée en entrevue téléphonique. Et c’est vrai que c’est quand même l’un des objets les plus démocratiques. Elles ne coûtent pas cher, souvent elles sont pas mal laides parce qu’elles ont travaillé fort, mais on en a presque tous une ! On a voulu voir jusqu’où on pouvait aller là-dedans. »

Son équipe et lui se sont mis à regarder ce qui se faisait ailleurs, notamment aux États-Unis, sans toutefois trouver d’équivalent. La plaque servait toujours à cuire un élément d’une recette donnée, et non le plat entier. « Pour nous, c’était bien important de n’avoir besoin de rien d’autre, précise Ricardo. La seule exception qu’on a faite, c’est pour les féculents : le riz, le couscous, les pâtes… Mais le reste, il fallait que ça se cuisine là-dessus. »

Défi accepté, puis relevé ! Tout fonctionne… ou presque : on peut caraméliser, dorer, griller ou encore saisir des aliments sur la plaque. La seule mission impossible, c’est celle de mijoter des plats. Mais disons que le sujet a été amplement couvert dans les livres précédents…

PHOTO TIRÉE DU LIVRE À LA PLAQUE

Poutine aux légumes et aux saucisses

La plaque unificatrice

En plus d’être pratique et accessible, la plaque a un petit quelque chose de réconfortant ; tous des éléments valorisés dans la cuisine de Ricardo, mais qui tombaient à point nommé en période de pandémie.

D’autant plus qu’on n’a pas à se casser la tête avec de jolis plats de présentation : on peut simplement déposer la plaque sur la table. Surtout qu’en cette période particulière, on n’a personne à impressionner. « On se retrouve dans un milieu assez fermé, donc seulement des gens avec qui on est vraiment confortable. Parce que souvent, on se met un stress inutilement dans le Recevoir avec le grand “R”, croit le cuisiner. Et ça, je ne connais personne en ce moment qui le vit. »

Avantage non négligeable, mitonner des plats sur la plaque ne requiert pas de compétences particulières en cuisine. « Juste un petit peu de volonté », ajoute le principal intéressé, en soulignant que même des enfants peuvent s’y mettre, pour autant qu’ils soient capables d’ouvrir le four et de manipuler un couteau de manière sécuritaire. Tout le monde, les petits comme les grands, appréciera aussi le fait qu’il n’y a jamais trop de vaisselle à faire.

À voir les recettes qui cartonnent sur son site ces temps-ci, Ricardo a l’intime conviction que les gens ont envie de manger des plats simples, familiers, mais pas simplistes pour autant.

« Nous, notre mission, ce n’est pas de réinventer la cuisine. Mais comment puis-je donner le goût à quelqu’un de cuisiner quelque chose qu’il aime peut-être déjà tout en lui donnant une twist ? Ça, c’est un vrai défi. »

– Ricardo Larrivée

Déjà des recettes préférées

PHOTO TIRÉE DU LIVRE À LA PLAQUE

Filets de porc hoisin

Même si chaque recette du livre a été soigneusement choisie — elles vont des légumes grillés aux repas complets en passant par les collations, les brunchs et les desserts ! —, certaines sont déjà en passe de devenir des classiques dans la famille de Ricardo et Brigitte (Coutu, sa conjointe).

Ricardo lui-même est particulièrement friand des fish and chips, Brigitte prépare souvent la salade tiède de poulet à la grecque, et les pancakes aux bleuets récoltent aussi un bon succès, malgré un petit scepticisme de départ.

Mais une recette qui revient souvent, c’est la plaque de gnocchis grillés à la carbonara, que Ricardo avait justement préparée à son beau-frère la veille de notre conversation. « On a mangé ça dehors, avec une petite chaufferette. On était tellement contents d’être assis l’un en face de l’autre, à 2 m de distance, et de manger ensemble. La recette a un petit côté chic, mais dans le fond, tu fais juste mettre les gnocchis dans le four, achetés en plus ! Tu n’as même pas besoin de les faire. »

PHOTO TIRÉE DU LIVRE À LA PLAQUE

Paëlla

Un petit miracle

La sortie du livre relève du miracle en soi, puisque le confinement a rendu plus qu’incertaine sa réalisation. Lors des premières expérimentations, toute l’équipe goûtait les plats ensemble. Mais au milieu du processus, ils ont dû soudainement le faire chacun chez soi. « La pandémie est arrivée, et on trouvait ça plate de ne pas être ensemble pour manger », se souvient Ricardo.

Toutefois, les cuisiniers ont commencé à goûter les résultats avec leurs familles, ce qui s’est finalement avéré un véritable test, puisqu’ils récoltaient ainsi directement les avis de leurs proches. « Ça nous a probablement emmenés plus loin. On a éliminé des recettes et on a finalisé le livre avec l’optique de le rendre économique, et aussi chic que pratique. Donc, étonnamment, cette période noire a bonifié ce livre-là. »

Son été

Après avoir bouclé le livre et le magazine, et tourné de multiples vidéos sur Facebook, Ricardo a senti un grand besoin de recharger ses batteries. « Je me suis éloigné des médias et je me suis réfugié dans la cuisine, mais dans la cuisine de base, pas pour le travail. J’ai dit à Brigitte : “Pour les trois prochains mois, je cuisine sans prendre de notes.” » Il s’est aussi tourné vers le jardinage et a triplé la superficie de son potager. « Donc ça, ç’a été mon été », résume-t-il.

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS LA PRESSE

À la plaque, de Ricardo Larrivée

Il affirme néanmoins avoir bénéficié physiquement de la période de confinement, et même avoir perdu du poids à force de vivre une vie plus simple. « J’ai été enfermé chez nous quatre mois. Brigitte et moi, on a marché énormément, on a cuisiné 100 % de nos repas, on n’est pas sortis, on a fait ce que beaucoup de gens ont fait, finalement. Même si on dormait souvent mal, on avait un rythme de vie qui était somme toute sain, à part pour tous les cocktails qu’on a pris ! »

Oui, comme tout le monde, Ricardo a été frappé de plein fouet par les conséquences de la pandémie. « C’est clair qu’on a eu la totale. Ç’a été une grande période d’adaptation pour tout le monde, et moi, je l’ai vécue bien difficilement des grands bouts », admet-il sans gêne.

Ce livre sort donc dans un monde totalement différent de celui où il avait été imaginé. Mais il en ressort grandi, croit son créateur, justement en raison des conditions dans lesquelles il a été rédigé, imprimé, réalisé. « Tu es obligé de faire confiance et d’aller au bout de ce que tu peux faire, tout seul chez vous. Ç’a été vraiment spécial, et je vais m’en souvenir longtemps. »