Oubliez carottes et patates. À Saint-Mathieu-de-Belœil, en Montérégie, poussent des bok choys, des toy choys, des mini nappas et de la citronnelle. Les Fermes Trudeau cultivent 500 acres de légumes exotiques et de fines herbes, à une vingtaine de kilomètres de Montréal.

Marie Allard Marie Allard
La Presse


« C’est très joli à voir », dit Gérard Trudeau, cofondateur des Fermes Trudeau. Et c’est parfait pour se dépayser — tout en mangeant local — en cet été où le coronavirus nous prive de voyager pour découvrir de nouvelles saveurs.

Pour les légumes exotiques, « il y a une forte demande », indique Chantal Cadieux, directrice générale adjointe au marketing de l’Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ). La croissance des ventes de chou frisé (kale) cultivé au Québec a été de 232 % de 2012 à 2015, selon le Portrait-diagnostic sectoriel des légumes frais au Québec. Celles de l’okra, un légume vert populaire dans bien des régions du monde, ont bondi de 66 %. Celles de bok choy, une variété de chou chinois dont on mange la tige et la feuille ? De 47 %. De l’igname, un tubercule consommé en Amérique, en Afrique et en Asie ? De 32 %.

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Fils d’agriculteur, Gérard Trudeau est devenu comptable avant de revenir à la ferme, où il travaille avec sa conjointe et leurs fils, Martin et Vincent.

Retrouver des saveurs

Il faut dire que le Québec compte plus de 1 million d’immigrants, pour qui retrouver un légume du pays d’origine peut évoquer autant de souvenirs que la madeleine de Proust. Les communautés asiatiques et de l’Afrique du Nord, bien installées au Québec, sont parmi celles qui conservent leurs habitudes alimentaires favorables à la consommation de légumes, selon le rapport Consommation et opportunités de développement des légumes exotiques au Québec, préparé par le Groupe Agéco en 2013.

À Notre-Dame-de-Lourdes, dans Lanaudière, Yohan Perreault cultive chou nappa, courge kabocha (aussi appelée citrouille japonaise) et chou plat sous le nom Produits Mont-Blanc. Son marché ? « Les Chinatowns nord-américains », répond-il.

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Des serres permettent un début de saison hâtif. Gérard Trudeau tient ici des feuilles de « dandelion », une variété tendre de pissenlit à manger en salade.

Soif de découvertes

Mais les Québécois de naissance font eux aussi preuve d’ouverture des papilles. « Du point de vue de la tendance, la nouveauté et le produit prêt à l’emploi attirent les consommateurs québécois », précise le Portrait-diagnostic sectoriel des légumes frais au Québec. Une fine aubergine chinoise, un petit bok choy ou un daïkon croquant, ça change de l’ordinaire, trop ressassé pendant le confinement.

Distribués en supermarché, les légumes asiatiques des Fermes Trudeau sont achetés par la population en général. Productrice d’herbes fraîches depuis le début des années 80, l’entreprise s’est tournée vers les légumes asiatiques il y a une douzaine d’années.

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Les Fermes Trudeau cultivent 500 acres à Saint-Mathieu-de-Belœil. Lors du passage de La Presse, irriguer était essentiel, tant les mois de mai et de juin ont été secs.

J’étais allé en voyage au Japon, où j’avais vu ces produits. On a fait des recherches, des expériences dans les champs, c’est comme ça qu’on a commencé.

Gérard Trudeau

« Lorsqu’on se lance dans quelque chose, au départ on y croit, et après on prend les moyens pour que ça prenne forme », poursuit M. Trudeau, tout en montrant fièrement ses installations.

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Toy choys récoltés le 22 juin, en pleine canicule.

Dans la belle terre d’où l’on voit le mont Saint-Bruno, les bok choys ont été plantés à la mi-mai, et les premières récoltes ont eu lieu vers le 20 juin. L’été, de 250 à 300 personnes travaillent aux Fermes Trudeau, où tout est fait sur place — des semis en serre jusqu’à l’emballage. À la fin d’octobre, les fermes que possède Trudeau au Mexique et en République dominicaine prennent le relais.

Quelques obstacles

Il y a des limites à la culture de végétaux exotiques au Québec. On pense à l’été trop court, mais il faut aussi considérer la rareté de pesticides reconnus et le coût de la main-d’œuvre, beaucoup plus élevé que dans les pays exportateurs de ces mêmes légumes, soulève le Groupe Agéco.

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Mini nappa des Fermes Trudeau.

Cela n’empêche pas les agriculteurs biologiques de s’y intéresser eux aussi. « Nous avons tendance à penser que la production de légumes exotiques est en hausse », confirme Marc Simonnot, conseiller en communication au Réseau des fermiers de famille.

La raison est probablement fort simple : ces légumes sont sains et... bons. « Vous savez, observe Gérard Trudeau, manger des bok choys, des toy choys, tout ça, c’est très agréable et très rapide à préparer. »