Que penseriez-vous de manger la cuisine d’Alain Ducasse au Vin Mon Lapin, rue Saint-Zotique, à Montréal, du Massimo Bottura au restaurant Chez St-Pierre, au Bic, de goûter aux saveurs de la Mère Brazier – le restaurant de Lyon où Paul Bocuse a appris le métier – chez Foxy, dans Griffintown?

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Il existe un collectif appelé Gelinaz, qui organise des événements gastronomiques internationaux déjantés, probablement aussi proches de la performance artistique que de la cuisine.

Et le 3 décembre, trois restaurants québécois participeront à son nouveau projet : Chez St-Pierre au Bic ainsi que Foxy et Vin Mon Lapin à Montréal.

Si vous voulez participer, il suffit d’acheter un billet sur le site du groupe, gelinaz.com. Le coût? 80 euros (116 $), pour un repas huit services.

L’exercice? Le temps d’un soir, 148 chefs, dans 138 restaurants, dans 38 pays, vont se cuisiner les uns les autres.

J’ai reçu huit recettes, ce qu’ils appellent la “matrice”, je dois faire ma version, et je ne sais pas du tout d’où ça vient.

Marc-Olivier Frappier, chef du Vin Mon Lapin

De la même façon, au Danemark, René Redzepi, du Noma, cuisinera les huit recettes d’une personne secrète, ou encore Alex Atala à São Paulo ou Alain Ducasse en France.

Les chefs viennent de recevoir leurs « matrices » – ils prépareront des repas huit services –, mais apprendront seulement le soir même qui ils viennent d’interpréter. Ce sera la tâche d’un journaliste, posté à chaque restaurant, d’annoncer la nouvelle.

L’idée, explique Andrea Petrini, copilote du projet avec Patricia Meunier et Matt Gallet en France, est d’aller totalement à contre-courant des événements traditionnels.

« On tourne le dos aux quatre mains ou aux listes hiérarchiques », explique-t-il en entrevue.

À la place, on crée un espace où tout le monde est sur un pied d’égalité puisque les noms des échangistes sont tirés à la tombola. Et en plus, on fait un pied de nez aux voyages incessants auxquels les chefs les plus connus doivent se soumettre.

C’est tout ça que la performance veut aussi critiquer.

Un des messages du GELINAZ ! SHUFFLE DomoSophism – c’est le nom de l’événement – est notamment le refus de l’avion. Pour cet événement, aucune émission de gaz à effet de serre. Et en même temps, on fait éclater les frontières. « Les idées, dit Andrea Petrini, elles, elles vont faire le tour du monde. »

Sans calendrier fixe, Gelinaz produit des événements de la sorte tous les deux ans environ. En 2013, à Gand, en Belgique, on avait réuni les chefs les plus célèbres du monde pour recréer chacun à leur façon une recette de timbale au poulet aux petits légumes en gelée, un plat hyper traditionnel signé Philippe Édouard Cauderlier. La même année à Lima, c’est une recette de Gaston Acurio qui a été déclinée de toutes les façons, incluant en chewing-gum.

Puis, en 2015, Gelinaz a commencé à faire des « shuffles » où les chefs échangeaient de restaurant et de maison le temps d’un repas. C’est ainsi que Colombe St-Pierre est partie cuisiner à Stockholm, au Spritmuseum, alors que le chef parisien du Chateaubriand, Inaki Aizpitarte, s’installait au Bic. 

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Colombe St-Pierre

L’exercice a ensuite été refait quelques fois, puis en 2017, en Autriche, le format a encore changé. Cette fois, on a réuni une trentaine de chefs près de Linz – incluant un fort contingent de femmes chefs – pour les obliger à cuisiner en petits groupes hétérogènes, dans le cadre d’une performance sur les deux rives d’une rivière, incluant des artistes, des musiciens et une chanteuse d’opéra. 

Cette fois-ci, personne ne bouge. Et sur les réseaux sociaux, toutes sortes de vidéos de chefs souvent hilarantes ont été diffusées pour illustrer le concept. L’ultime inspiration, confie Andrea Petrini : le grand bed-in de John et Yoko.