Le barbecue a beau être une religion chez nos voisins du Sud, le grand maître pourrait bien se trouver chez nous, en Montérégie. La jeune pousse Hamrforge, d’Acton Vale, ambitionne en effet de devenir le meilleur fabricant de fumoirs et de grils au monde. Rien que ça.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Machine de guerre

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Avec ses 180 cm de haut avec les cheminées, ses 163 cm de long et des 94 cm de profond, le Beast est un monstre d’acier de 527 kg.

« Je voulais sortir quelque chose qui dérange le marché, avec des caractéristiques qu’on ne trouve pas dans les autres produits comparables », lance d’emblée Shawn Bevins, président d’Hamrforge. Visuellement, ses créations sont en effet incomparables. Avec sa carrure imposante, ses grandes roues d’acier, ses grosses manivelles circulaires et ses boulons apparents, le modèle Beast est le fer de lance de Hamrforge. Entièrement peinte en noir mat, la machine à flux d’air inversé ressemble à une locomotive à vapeur du XIXe siècle. Imaginez-la quand la fumée de cuisson sort de ses deux cheminées. « Le Beast, c’est comme un monument qui trône dans la cour arrière, affirme M. Bevins. Tu ne vois plus la piscine, la terrasse ou les arbres, tu ne vois que le Beast. » On ne va certainement pas le contredire.

Ingénierie raffinée

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Avec une surface de cuisson totale de près de 1,5 m2 quand trois grilles d’acier carbone sont installées, le Beast permet de cuire plusieurs pièces de viande à la fois. Aussi, il est possible de l’utiliser comme gril, comme fumoir à froid et même comme four à pizza.

Toutefois, sous cette allure de char d’assaut se cache un appareil à la fine pointe de la technologie destiné aux vrais amateurs de barbecue, capable de durer 100 ans, croit son créateur. « Notre produit est fait pour les passionnés pour qui leur appareil actuel ne suffit plus, affirme-t-il. Le barbecue devient pour ces gens un véritable passe-temps dans lequel ils s’investissent à fond. On assiste ainsi à une progression naturelle vers des produits plus haut de gamme. » Et pour les passionnés, c’est évidemment le résultat de la cuisson qui importe quand vient le temps d’investir : « Il y a beaucoup d’ingénierie raffinée derrière nos machines, poursuit M. Bevins. Tout a une fonction : les trappes d’aération fonctionnent grâce à un système à crémaillère qui permet un ajustement très précis, analysé en calculant la dynamique des flux d’air. Aussi, avec des parois d’acier d’un quart de pouce d’épais, le métal agit comme une véritable masse thermique, ce qui assure une température constante tout en permettant de consommer deux fois moins de bois. »

Passion du barbecue

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« Développer des sauces et ses rubs, ça va de soi dans la culture du barbecue », soutient Shawn Bevins. Le temps venu, l’homme d’affaires pourrait ainsi profiter de l’engouement pour la marque Hamrforge et vendre ses propres sauces et mélanges d’assaisonnements – délicieux au demeurant.

« Ça me fait encore capoter de savoir que j’ai créé ces machines et que ça permet de faire une bouffe incroyable ! », s’enthousiasme Shawn Bevins. Pendant qu’il jette un œil à ses côtes levées qui cuisent doucement depuis six heures, il nous explique qu’il a créé Hamrforge d’abord parce qu’il est passionné du barbecue au bois, un amour qu’il a développé pendant sa jeunesse à Windsor, dans le sud de l’Ontario. « J’ai essayé certainement au-delà de 25 fumoirs différents au fil des années et j’ai mangé du barbecue dans tous les États américains sauf l’Alaska, soutient l’homme qui a trouvé l’amour au Québec en 1993. J’ai découvert ma passion pour le barbecue au contact des gens du Sud qui se sont établis dans la région de Detroit pour travailler dans l’industrie de l’automobile. Je me souviens en particulier d’un monsieur qui se promenait dans le parc de Belle Isle, à Detroit, en traînant son fumoir derrière son vélo. Il nous offrait de cuire notre viande, en échange de quoi il demandait qu’on lui laisse une portion ! »

Faire la barbe aux Américains

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« La main-d’œuvre se fait rare, je dois avoir recours à des machines pour être compétitif, soutient le propriétaire de Hamrforge, Shawn Bevins. On est entrés de plain-pied dans l’ère manufacturière 4.0. »

Lui-même issu de l’industrie automobile — il a travaillé comme outilleur-matriceur pour un équipementier automobile de Windsor avant de s’établir en Montérégie —, Shawn Bevins a le métal dans le sang. Après des études à l’Université Concordia en développement des affaires, il a travaillé pendant plus de deux ans et demi à développer des prototypes de fumoirs, avec l’objectif de se démarquer de l’offre actuelle, essentiellement américaine. « On vend un produit qui est visuellement bien fait, bien ciselé, affirme-t-il en nous montrant ses dessins techniques. Aux États-Unis, ils n’ont pas la même approche que nous, ils n’ont pas le souci du détail, ils manquent d’ingénierie. Ici, on est forts en design, et on voulait développer quelque chose qui se démarque. »

Un saut dans le vide

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L’unité de découpe laser permet à la fois de préparer avec précision les épaisses pièces d’acier utilisées pour les produits Hamrforge, elle accélère considérablement le rythme de production.

Shawn Bevins n’a pas lésiné sur les moyens pour mener son projet à bien, notamment en achetant une unité de découpe d’acier au laser. Hamrforge a ainsi la capacité technologique pour répondre à la demande — Shawn Bevins soutient qu’il pourrait fabriquer 1000 unités par mois. Toutes ses économies y ont toutefois passé et il fait actuellement face au défi d’assurer la croissance de son entreprise. « Ça fait 18 mois que je ne me suis pas versé de salaire, avoue-t-il. J’ai fait un saut dans le vide et je dois me tricoter un parachute avant d’arriver au sol ! Heureusement, ma femme est propriétaire d’une garderie en milieu familial, ça nous permet de rester à flot. J’ai investi jusqu’ici 2,5 millions en équipement et 500 000 $ pour la bâtisse. »

Demande soutenue

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Le soir de notre visite, Harmforge a remporté le prix OSEntreprendre dans la catégorie Exploitation, transformation et production de l’année en Montérégie, un honneur assorti d’une bourse qui arrive à point pour la PME d’Acton Vale.

La demande est toutefois au rendez-vous — lors de notre visite, 34 unités étaient sur le point d’être livrées au Texas. Et ce ne sont pas moins de 275 Beast qui ont été vendus jusqu’ici, au Canada, aux États-Unis, mais aussi en Australie, qui connaît un engouement sans précédent pour le barbecue. En fait, le carnet de commandes est bien garni. « Mon objectif le plus pressant est d’augmenter ma main-d’œuvre, reconnaît Shawn Bevins. Je devrais bientôt obtenir le financement nécessaire de la banque pour me permettre de procéder à des embauches qui vont me permettre de produire les unités qu’on m’a déjà commandées. Le problème est là : je ne suis actuellement pas en mesure de répondre à la demande ! »

Projets en cours

PHOTO FOURNIE PAR HAMRFORGE

L’El Padre, fabriqué par Hamrforge d’Acton Vale, en Montérégie, est un gril de type plancha argentin qui dispose d’ajustements de flux d’air individuels.

Un défi qui ne fait toutefois pas ralentir Shawn Bevins, qui continue le développement d’Hamrforge à la vitesse grand V. Outre le petit fumoir/gril Old Iron Side et l’impressionnant gril argentin El Padre, qui sont déjà sur le marché, d’autres projets sont en cours de développement, y compris un fumoir aux granules de bois, un produit très populaire actuellement. « La différence entre les granules et le bois véritable est énorme pour la saveur », soutient Shawn Bevins, un inconditionnel des essences de bois québécoises — les meilleures selon lui. « Mais on va néanmoins développer un fumoir aux granules qui va être au-delà de tout ce qui se fait actuellement. On va aussi sortir un fumoir en baril avec notre signature propre, de même que nous avons dans nos cartons un projet de Beast plus petit et un El Padre que l’on pourra installer sur une table. Nous ne sommes pas à court d’idées ! »

Consultez le site de Hamrforge : https://www.hamrforge.com/francais