(Oshawa) Ce n’est pas le dénouement qu’il attendait, mais le chef conservateur Erin O’Toole entend malgré tout garder la tête haute. S’il veut obtenir le pouvoir, son parti devra « continuer de grandir », a-t-il toutefois avoué lors de son ultime discours à Oshawa, en laissant entendre que le travail pour recentrer la formation « n’est pas terminé ».

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Notre soutien s’est accru partout au pays. Mais il est clair que nous avons encore du travail à faire pour gagner la confiance des Canadiens », a en effet soutenu M. O’Toole lors d’une allocution tenue devant ses militants un peu après minuit. Le verdict populaire était tombé peu avant : le chef libéral Justin Trudeau obtiendra un troisième mandat, et il sera encore minoritaire.

Le chef a aussi clairement indiqué son intention de rester à la tête des conservateurs, un mouvement qui « ne regarde pas uniquement vers le passé, mais qui apprend et qui agit pour l’avenir ». « Nos meilleurs jours sont à l’horizon. Nous devons guérir les divisions au Canada, ne pas risquer de les aggraver pour des jeux égoïstes », a-t-il encore insisté.

Peu avant son arrivée, l’ambiance était calme, très calme, en fin de soirée lundi à Oshawa, où bien peu de partisans conservateurs se sont finalement présentés. Le son des écrans géants a même été coupé au moment où on annonçait en direct la victoire des libéraux de Justin Trudeau. Un bref moment de réjouissance a tout de même eu lieu lorsque l’élection de M. O’Toole a été confirmée dans Durham, alors que quelques militants ont timidement fait sonner quelques cloches.

PHOTO MARK BLINCH, REUTERS

L’ambiance était très calme à la soirée électorale des conservateurs à Oshawa.

Malheureusement, cette élection n’a fait qu’empirer les choses. Mais je suis ici ce soir, encore plus déterminé envers ce merveilleux pays.

Erin O’Toole, chef conservateur

L’homme de 48 ans a par ailleurs soutenu « que la réconciliation avec les peuples autochtones est plus qu’une case à cocher », mais bien « la clé de voûte d’un Canada qui réalise son potentiel ». « Et cela commence par de l’eau potable, un droit humain fondamental toujours refusé aux enfants autochtones nés aujourd’hui même », a-t-il martelé.

C’est un message d’inclusion qu’a ultimement voulu livrer Erin O’Toole. « Que vous soyez noir, blanc, brun ou de n’importe quelle race ou croyance. Que vous soyez LGBTQ ou hétérosexuel. Que vous soyez un Canadien autochtone ou que vous soyez venu au Canada il y a cinq semaines, ou cinq générations. Que le français soit votre première ou deuxième langue. […] Vous avez une place dans le Parti conservateur du Canada », a-t-il offert à la population.

M. O’Toole a du même coup lancé un message au chef libéral Justin Trudeau, en affirmant que si ce dernier pense « pouvoir menacer les Canadiens d’une autre élection dans 18 mois, nous serons prêts ». « Et je serai prêt à mener les conservateurs du Canada à la victoire », a-t-il assuré.

« C’est génial d’être de retour à la maison. Je suis très satisfait », avait brièvement indiqué M. O’Toole plus tôt lundi, alors qu’il était aperçu à la sortie du Tribute Communities Centre d’Oshawa, où il est ensuite revenu pour suivre les résultats.

En fin de soirée, dix candidats conservateurs avaient remporté leur pari au Québec. Ils prendront à nouveau le chemin d’Ottawa. Parmi ceux-ci, des visages bien connus de la formation, dont Gérard Deltell dans la circonscription de Louis-St-Laurent et Bernard Généreux dans de Montmagny—L’Islet—Kamouraska—Rivière-du-Loup. En Beauce, le candidat conservateur sortant, Richard Lehoux, a battu le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, qui a représenté la circonscription durant de nombreuses années. La formation politique conservatrice détenait déjà dix sièges au Québec lors de la dissolution du Parlement. Le parti n’a jamais récolté plus de 12 sièges en sol québécois depuis sa fondation, en décembre 2003.

Moins « toxique » qu’avant ?

Les propos du directeur de la campagne conservatrice au Québec, Marc-Olivier Fortin, portaient un optimisme très clair, plus tôt dans la soirée. « Je m’attends à ce qu’on fasse des gains », a-t-il déclaré avant les premiers résultats, en prédisant obtenir « au moins un siège » de plus dans la province. « Je m’attends aussi à augmenter le vote populaire. Et ça m’indique que pour le futur, on va pouvoir bâtir au Québec », a-t-il dit, en ajoutant : « dans le 418, je pense qu’on va être forts ce soir. »

« Juste le fait que les gens nous considèrent plus qu’avant et qu’on n’est pas aussi toxique, pour moi c’est une victoire », a ajouté M. Fortin, pour qui l’ère Andrew Scheer a laissé des séquelles « post-traumatiques » au Québec.

« C’était vraiment difficile. Et tous les enjeux sociaux revenaient. Tandis qu’avec O’Toole, c’était vraiment clair : il est pro-choix, il est pro-LGBTQ », a aussi dit celui qui est originaire de Chicoutimi à propos du recentrage que veut effectuer le Parti conservateur.

Pour un nationaliste qui « cherche à sortir Trudeau », le Parti conservateur est plus que jamais « une option viable » selon lui. « On va devenir avec le temps un parti nationaliste et pro-travailleur. Et ça, c’est la clé. Il y a encore beaucoup de partis qui gèrent pour Montréal. Nous, on veut aller parler pour les régions. Je pense plusieurs personnes vont se reconnaître là-dedans dans le futur », a aussi soulevé M. Fortin.

Le stratège conservateur de longue date, Jason Lietaer, est du même avis. Il reconnaît toutefois que l’impact du Parti populaire du Canada (PPC) de Maxime Bernier s’est fait sentir dans cette campagne. « Je ne vais pas prétendre que ça a été un bon phénomène pour nous. Ça a été difficile, spécifiquement dans certaines parties de l’Ouest du Canada où ça pourrait faire une différence entre l’élection d’un candidat libéral ou néodémocrate », a-t-il dit, en soutenant néanmoins que les électeurs d’Erin O’Toole et Maxime Bernier sont différents. Les deux hommes ne représentent pas du tout « les mêmes valeurs » selon lui.

La campagne en cinq temps

17 août

Le Parti conservateur promet de financer 40 % du projet du troisième lien entre Québec et Lévis. Le lendemain, toujours à Québec, Erin O’Toole affirme qu’il est pro-choix et qu’il croit aux changements climatiques.

22 août

Les conservateurs déposent une plainte formelle auprès d’Élections Canada contre les libéraux, au sujet du contenu qui aurait été « volontairement altéré » d’une vidéo de M. O’Toole publiée sur le réseau social Twitter, qui a déclaré que c’était du contenu « manipulé ». La vidéo en question concernait le système de santé.

3 septembre

Questionné au sujet d’affirmations en contradiction avec sa plateforme faites lors du Face-à-face, Erin O’Toole soutient qu’il va maintenir l’interdiction des armes d’assaut. Quelques jours plus tard, le Parti conservateur ajoute une note de bas de page à sa plateforme qui indique que « toutes les armes à feu actuellement interdites le resteront ».

9 septembre

Le débat des chefs en anglais a lieu. Plus tôt dans la journée, le premier ministre du Québec, François Legault, affirme qu’il penche pour un gouvernement conservateur minoritaire.

15 septembre

L’ex-premier ministre Brian Mulroney fait une apparition auprès des militants conservateurs en disant être assuré que le prochain gouvernement sera formé par M. O’Toole. Présent au Québec, le chef conservateur donne son appui au projet GNL Québec.

Avec La Presse Canadienne