(Toronto) Le chef conservateur Erin O’Toole s’attend à la victoire. C’est du moins avec cette mentalité qu’il a entamé dimanche son dernier sprint de la campagne, conviant ses partisans à « parler avec leurs voisins » pour convaincre le plus de gens d’adhérer à la « vision positive » de son parti. Pour la première fois, il a aussi lancé un appel à ne pas voter pour les troupes de Maxime Bernier afin de ne pas diviser le vote.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Justin Trudeau veut que vous divisiez le vote en votant pour le PPC [Parti populaire du Canada] », a en effet lâché M. O’Toole lors d’un ultime rassemblement partisan dimanche soir à Toronto. La phrase n’est pas banale, alors que dans les rangs conservateurs, on se demande encore si la lente progression de Maxime Bernier pourrait coûter des sièges et servir, indirectement, les libéraux de Justin Trudeau.

Plus tôt dans la journée, alors qu’il rendait visite à des résidants de York, un quartier tranquille du nord de Toronto, le chef conservateur s’était montré assez convaincu d’être en mesure de devenir le prochain premier ministre canadien. « On va gagner. On a le meilleur parti », a-t-il affirmé, alors que dehors, des dizaines de personnes s’entassaient autour de lui, dans l’espoir de lui parler ou de prendre un égoportrait.

En matinée, à Oakville, le conservateur a dès le départ appelé ses partisans à l’action. « Je veux que vous parliez dans cette dernière ligne droite à vos voisins, que vous alliez au Tim Hortons, que vous parliez à la personne en ligne avec vous, en conservant une distanciation physique, bien sûr », a-t-il dit à la dizaine de militants réunis sur la terrasse d’un restaurant, dans cette circonscription défendue par la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand. Selon plusieurs sondages, les conservateurs et la candidate Kerry Colborne recueillent environ 40 % des appuis, contre 43 % pour les libéraux. « Les gens veulent un changement. Anita est sympathique, mais Trudeau doit partir », a soutenu Mme Colborne, qui est une femme d’affaires bien connue dans la région.

Au total, M. O’Toole a visité dimanche quatre circonscriptions libérales en Ontario, la province où il faisait campagne depuis trois jours. Dans certaines circonscriptions visées, son parti est au coude-à-coude avec les troupes de Justin Trudeau. Le chef libéral n’avait d’ailleurs pas du tout le même rythme, dimanche : il a traversé le pays de bout en bout, de Montréal à Vancouver.

Le Canada a besoin d’un « gouvernement éthique axé sur le bien-être des Canadiens et non sur la simple accession au pouvoir », a plaidé le chef conservateur. « Nous allons toujours mettre le pays en premier : les emplois, le leadership national en santé mentale, plus de capacité à se préparer à une pandémie. Et nous devons équilibrer notre budget d’ici dix ans, sinon, nous laisserons nos enfants et petits-enfants avec un pays pauvre et sans opportunités. Il faut bâtir le Canada, pas le détruire », a-t-il martelé.

Parlez à tout le monde de notre vision positive. Les conservateurs du Canada ne sont plus le parti de vos grands-parents. Nous tendons la main à tout le monde. Nous sommes une grande tente bleue et positive qui croit en ce grand pays.

Erin O’Toole, chef du Parti conservateur du Canada (PCC)

« Assurez-vous de faire sortir les votes demain. Tout est dans l’action sur le terrain », a encore insisté le chef conservateur, en appelant à faire sortir le vote. « Les gens veulent du changement. Et vous pouvez contribuer à ce changement », a-t-il également ajouté.

Contrôle du message

Signe de la ferme intention du parti de garder le contrôle du message, à 24 heures du vote, M. O’Toole était le seul chef à ne pas offrir de disponibilité médiatique officielle durant la journée de dimanche.

Les conservateurs ont en effet plutôt préféré se concentrer sur des rassemblements partisans, au cours desquels M. O’Toole tient des allocutions planifiées et cadrées, avec bien souvent l’appui d’un téléprompteur. Son équipe affirme que le contact avec le public est l’unique priorité en ce dernier jour de campagne.

À son deuxième arrêt de la journée, dans Markham-Thornhill, Erin O’Toole a d’ailleurs catégoriquement refusé de répondre aux questions des journalistes, en quittant rapidement les lieux. Un homme réclamant une assurance maladie universelle couvrant tous les soins reliés au trouble du spectre de l’autisme (TSA) a aussi interpellé le chef conservateur durant son allocution. « On a un message pour tous les leaders : si vous ne pouvez pas nous assurer les soins dont nous avons besoin pour nos enfants, redonnez-nous un tiers de nos taxes », a martelé Jamie Peddle, dont le fils de 9 ans vit avec un TSA.

La ministre de la Petite Entreprise, de la Promotion des exportations et du Commerce international, Mary Ng, conserve une large avance de plus de 15 points de pourcentage dans Markham-Thornhill, mais l’écart est plus mince dans York-Centre. Idem dans Don Valley-Ouest, une autre terre libérale de la région de Toronto.

Pendant ce temps, c’est à Montréal, sur une terrasse du canal de Lachine, que Justin Trudeau a commencé sa journée, tôt dimanche. L’avion libéral doit revenir dans la nuit de lundi, en direction de Montréal, en vue de la soirée électorale. Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a quant à lui effectué sept arrêts à travers la Colombie-Britannique, la province qu’il a adoptée depuis qu’il est devenu chef du NPD. Après un premier arrêt à Shawinigan, le chef bloquiste Yves-François Blanchet a de son côté fait exclusivement campagne dans des circonscriptions adverses qu’il veut ravir : Sherbrooke, Compton-Stanstead et Brome-Missisquoi.

Avec La Presse Canadienne