(Dundas ) À deux jours du vote, le chef conservateur Erin O’Toole a réitéré samedi qu’il ne déclencherait pas d’élections au cours d’un prochain mandat, disant aussi vouloir « plus de femmes » dans un éventuel cabinet ministériel. Mais il est resté muet sur le statut vaccinal de ses candidats, que beaucoup d’entre eux refusent de divulguer.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Oui », a répondu d’un trait M. O’Toole, à qui on demandait s’il s’engageait à ne pas déclencher d’élections anticipées pendant son mandat de quatre ans, même s’il était minoritaire. « On doit avoir un gouvernement totalement ciblé sur la santé des Canadiens et des Québécois, et le bien-être de notre économie, nos familles, nos aînés », a-t-il réitéré lors d’une conférence de presse en matinée à Dundas, un quartier d’Hamilton, en Ontario.

Plus tard, en anglais, il a ajouté : « Si j’ai la chance de former un gouvernement, je ne déclencherai jamais d’élections en cas de crise sanitaire. Jamais. »

Cet engagement, Erin O’Toole l’avait déjà en partie pris lors du débat en français à Radio-Canada, le 8 septembre dernier. « Absolument », avait-il répondu à l’animateur du débat, le chef d’antenne Patrice Roy, qui lui demandait s’il promettait de ne pas déclencher d’élections avant la fin de la durée normale d’un mandat, soit quatre ans, même si sa formation héritait d’un mandat minoritaire.

Reste que les électeurs canadiens ignorent toujours si le cabinet ministériel d’Erin O’Toole serait paritaire, ce dernier ne s’y étant pas formellement engagé. Samedi, il a dit vouloir attendre les résultats lundi, mais a assuré qu’il voulait « former un cabinet expérimenté et prêt pour les défis, avec plus de femmes ».

« On a le plus grand nombre de femmes comme candidates dans l’histoire de notre parti », s’est-il aussi targué, ajoutant que jamais l’équipe n’avait été si « diversifiée » depuis les débuts du Parti conservateur.

M. O’Toole n’a d’ailleurs pas manqué d’attaquer son rival libéral, Justin Trudeau, accusant ce dernier d’avoir utilisé la parité comme un faux « symbole », pendant qu’il faisait preuve d’une approche « différente et paternaliste ». « Il a eu un cabinet avec 50 % de femmes, mais Jody Wilson-Raybould [l’a] quitté, Jane Philippot [l’a] quitté », a illustré le chef conservateur à ce sujet.

Candidats vaccinés : le flou persiste

Vendredi, le Globe and Mail révélait que seulement 15 % des candidats conservateurs divulguaient leur statut vaccinal. Plus de 80 % d’entre eux n’ont pas répondu aux demandes qui leur avaient été adressées à ce sujet.

Samedi, alors qu’on lui demandait s’il connaissait le taux de vaccination de ses candidats, le chef conservateur s’est fait très évasif, indiquant simplement avoir tenu « la campagne la plus sécuritaire » de tous les partis. « Depuis le début, on a une règle claire : tout le monde qui fait campagne pour nous doit utiliser les vaccins. Et [si les candidats] ne sont pas pleinement vaccinés, ils doivent utiliser les tests rapides », a-t-il avancé.

Le but d’un éventuel gouvernement O’Toole serait d’arriver à adéquatement vacciner 90 % des Canadiens. Le principal intéressé, qui veut miser sur la « capacité [intérieure] » du Canada en matière d’approvisionnement, se dit convaincu de pouvoir y arriver s’il est élu premier ministre.

Erin O’Toole a aussi rappelé avoir « suivi les règles sanitaires » dans toutes les provinces et « utilisé [son] studio » virtuel, à Ottawa, à plusieurs reprises. Pendant ce temps, dit-il, Justin Trudeau a contrevenu aux règles sanitaires « dès le premier jour » en prenant part à des rassemblements sans distanciation physique, notamment.

Le chef conservateur a aussi réitéré qu’il « travaillerait en partenariat avec les provinces » qui veulent implanter un passeport vaccinal, dont l’Alberta. M. O’Toole continue de faire campagne samedi en Ontario à bord de son autocar, après avoir rangé son avion au hangar la veille. Il était en matinée dans la circonscription de Flamborough–Glanbrook. Celle-ci est détenue par les conservateurs, mais une lutte serrée s’y dessine, les libéraux ne tirant de l’arrière que par quelques points de pourcentage, selon plusieurs récents sondages.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Erin O’Toole et sa conjointe Rebecca O’Toole lors de leur passage à Flamborough, en Ontario

Signe de leur volonté de contrôler le message alors que le scrutin est imminent, les conservateurs ont par ailleurs autorisé une seule question par journaliste lors de la conférence de presse de samedi. Le parti s’est justifié en indiquant que M. O’Toole ne procédait pas à une annonce officielle, mais simplement à un évènement partisan. Les libéraux de Justin Trudeau avaient eux aussi limité les questions des journalistes, plus tôt cette semaine.

Mr. White Man

« Congratulations, Mr. White Man ! », a par ailleurs lancé samedi une citoyenne de Cambridge à Erin O’Toole, qui l’a ignorée en retournant vers son bus, après avoir tenu un rassemblement dans un commerce. La résidante, qui se prénomme Nathalie, était frustrée par le refus de l’équipe de la laisser poser une question au chef sur les communautés autochtones. « J’ai demandé à deux personnes de poser une question. Elles ont dit qu’il n’était pas là pour des questions, qu’il était juste là pour les médias, pour une séance de photos. Je pense que c’est ridicule. Si vous allez dans une ville, n’importe quelle ville, ayez au moins le cran de répondre à une question ou deux », a expliqué après coup la citoyenne, pour qui « de manière prédominante, tous ceux qui sont dans l’entourage » de M. O’Toole « sont des hommes blancs ».