(Hamilton) À l’approche d’un scrutin dont l’issue est imprévisible, Justin Trudeau a intensifié son appel aux progressistes. Partout où il s’est arrêté dans le sud de l’Ontario, vendredi, il les a exhortés à se rallier au Parti libéral au lieu de laisser le Parti conservateur « faire reculer » le pays. La journée du chef libéral s’est terminée dans la caisse d’une camionnette, d’où il a affirmé qu’il ne doutait pas de faire des gains.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Les libéraux avaient jeté leur dévolu sur une circonscription qu’ils aimeraient ravir au néo-démocrate Brian Masse, qui est député depuis 2002, pour le plaidoyer que ferait Justin Trudeau aux électeurs progressistes. Là, sur une terrasse en hauteur de l’Université de Windsor, il a tenté de les convaincre qu’un vote pour le NPD, le Parti vert ou le Bloc québécois ne pouvait qu’aider les troupes conservatrices.

Dans cette élection, le Parti libéral est non seulement le seul parti qui est en mesure de barrer la route aux conservateurs, il est aussi le seul parti qui peut livrer la marchandise.

Justin Trudeau

« Je demande aux progressistes à travers le pays qui songent peut-être à voter pour le NPD ou le Parti vert de réfléchir [aux enjeux qui leur sont] chers », a-t-il plaidé, citant notamment la lutte contre les changements climatiques.

Car si Erin O’Toole se présentait à la prochaine conférence sur le climat de Glasgow en novembre prochain avec dans ses valises les anciennes cibles de réduction de GES du gouvernement de Stephen Harper, les Canadiens auraient « profondément honte », a affirmé le premier ministre sortant. « Je ne peux pas l’imaginer aller là et dire au monde entier que le Canada recule sur sa cible », a-t-il ajouté.

La caravane libérale a passé la journée de vendredi à sillonner le sud de l’Ontario, champ de bataille crucial, comme à chaque campagne électorale. On y retrouve plus du tiers du nombre total de sièges disputés, soit 121 sur 338. En 2019, les libéraux en ont remporté 79, surtout dans la grande région de Toronto, communément appelée la « GTA ».

À Kitchener, on débordait d’enthousiasme. « Qu’est-ce qu’on veut ? », a lancé la députée et ministre sortante Bardish Chagger en voulant réchauffer la foule – qui cuisait déjà sous un soleil de plomb en attendant le premier ministre sortant. « Une majorité ! », a-t-on entendu des gens clamer. Une fois les discours terminés, elle s’est bien défendue d’avoir prononcé le mot qui commence par « m », arguant qu’il avait été lancé par les militants électrisés.

Une équipe « qui grossira »

Ce mot, « majorité », Justin Trudeau ne le laisse pas s’échapper de ses lèvres. Pendant sa conférence de presse, vendredi matin, il a été questionné à répétition sur les scénarios qui se dessinent à trois jours du scrutin, mais il a refusé de mordre.

Jusqu’à la toute fin de l’exercice, à tout le moins. Alors qu’il s’apprêtait à tourner les talons, quand un reporter lui a demandé s’il serait satisfait de décrocher un mandat minoritaire le 20 septembre prochain, il a aussitôt laissé tomber ceci : « Non. Mon but, c’est de faire élire le plus grand nombre de libéraux à travers le Canada, et je suis très optimiste qu’on va faire exactement ça : élire le plus grand nombre de libéraux possible. »

Il a ainsi refusé d’aller aussi loin que son proche collaborateur et ami Dominic LeBlanc. Mercredi dernier, celui-ci avait déclaré qu’il avait « très confiance » que les libéraux gagneraient une majorité. En revanche, en fin de journée, alors qu’il prononçait un discours devant des militants réunis à Hamilton pour un tailgate, le premier ministre sortant a laissé entendre que la récolte de sièges pourrait être plus faste en 2021 qu’en 2019 – à tout le moins en Ontario.

« C’est vraiment bien d’être entouré d’une équipe aussi exceptionnelle de candidats de la région de Hamilton […] qui grossira lundi », s’est emballé Justin Trudeau dans la caisse d'une camionnette rouge sous le regard de son porte-étendard dans la circonscription de Flamborough–Glanbrook, Vito Sgro, qui souhaite remporter ce siège qui était détenu par les conservateurs au moment de la dissolution de la Chambre.

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Justin Trudeau, lors de son passage à Hamilton, vendredi

Selon Nanos Research, qui a fait des projections en colligeant des données sur le vote postal, le Parti libéral se dirige vers une victoire. « Si rien de majeur ne change, on se dirige vers [cela]. Point final », a dit à CTV Nik Nanos, président de la firme. Mais le véritable sondage, c’est le vote, comme le dira tout politicien qui se respecte.

La « grande tente » et les antivaccins

S’il a axé son message du jour sur le climat et le ralliement des électeurs progressistes, Justin Trudeau a tout de même parlé d’une autre lutte, celle contre la COVID-19. Il s’agit d’un autre combat que le leader du Parti conservateur n’est pas outillé pour gagner, a argué le premier ministre sortant.

Car selon lui, Erin O’Toole n’a d’autre choix que de laisser aux éléments les plus radicaux des mouvements antivaccins une place dans la « grande tente » qu’il a érigée, la preuve en étant que le dirigeant n’exige pas que ses candidats soient vaccinés.

À la sortie de l’Université de Windsor, une vingtaine de manifestants attendaient Justin Trudeau. Ils ont crié des obscénités, l’ont traité de « traître » et ont recyclé un slogan que l’on a souvent entendu au sud de la frontière : Lock him up ! (« Enfermez-le ! »).

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Des manifestants attendaient Justin Trudeau à la sortie de l’Université de Windsor.

De nombreux agents de la Gendarmerie royale du Canada, épaulés par les policiers de la municipalité, ont aidé le premier ministre à se frayer un chemin jusqu’à son bus. Les médias, traités de collabos, ont pu se rendre à leur autocar sans encombre.

C’est dans le sud de l’Ontario que les opposants aux mesures sanitaires et à la vaccination ont été les plus hargneux depuis le début de la campagne – le fameux incident de la volée de cailloux lancée à Justin Trudeau par un militant du Parti populaire du Canada est survenu à London, à deux heures au nord-est de Windsor.

Cette fois, à la microbrasserie de la même ville du sud-ouest de l’Ontario où le chef libéral venait rencontrer ses militants, le climat était plus serein. L’homme qui criait dans un porte-voix : « Ôtez ces masques ! Enlevez ces bouts de tissu insalubres ! » et « Montrez le visage que Dieu vous a donné » n’a pas trop fait broncher.