(Saint-Jérôme) Ressortir les anciens premiers ministres, comme l’ont fait le Parti libéral avec Jean Chrétien et le Parti conservateur avec Brian Mulroney, est un aveu de faiblesse, aux yeux du chef du Bloc québécois.

Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

« C’est révélateur d’une insécurité, d’une incertitude pour les chefs réels de ces partis-là, d’appeler les anciens un peu à la rescousse. Des fois, c’est sympathique. Ça m’arrive de faire des activités avec Gilles [Duceppe]. Mais d’arriver de même, à la dernière minute, ça fait un peu bizarre », a déclaré Yves-François Blanchet, jeudi, en marge d’une conférence de presse à Saint-Jérôme, dans le stationnement de l’entreprise Lion Électrique.

« L’autre problème que ça pose, a-t-il ajouté sur un ton frondeur, c’est que les deux anciens sont plus intéressants que les nouveaux. »

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Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a visité l’entreprise Lion Électrique, à Saint-Jérôme, jeudi, en compagnie du député bloquiste Rhéal Fortin.

Yves-François Blanchet ne compte pas imiter les libéraux et les conservateurs en faisant appel au fondateur de son parti, Lucien Bouchard. Ni même à Gilles Duceppe, qui a été à la tête du Bloc de 1997 à 2011.

Je n’ai pas l’intention, ni [ne l’ai] sollicité ni même appelé… Bon, Gilles n’a pas besoin d’être sorti, d’une part, parce qu’il connaît assez peu – et ça me fait bien plaisir – la notion de silence. Il est dans les médias très régulièrement et s’exprime avec toute l’éloquence qu’on lui connaît.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, à propos de l’ancien chef du parti Gilles Duceppe

Et Lucien Bouchard ? « Non, on n’a pas demandé [d’aide] à M. Bouchard. Et on [n’en] demandera pas à M. Bouchard non plus. »

M. Blanchet a aussi fait part des différences qui existent, selon lui, entre le Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney et celui dirigé par Erin O’Toole. « Les progressistes-conservateurs de Brian Mulroney étaient profondément différents des “pas-progressistes-très-conservateurs” d’Erin O’Toole quoi qu’on en dise », a-t-il commenté avec le sens de la formule qu’on lui connaît.

Passeport vaccinal

Également questionné sur le passeport vaccinal, il s’est fait prudent, refusant encore une fois de prendre position pour ou contre son utilisation, au Québec ou ailleurs au Canada.

« La juridiction québécoise en matière de gestion de qu’on appelle le passeport vaccinal – je me permets de ne pas triper sur le mot parce que j’aurais aimé qu’il soit réservé pour les frontières internationales –, mais c’est le Québec qui doit le gérer », a-t-il expliqué.

« Il n’est pas étonnant qu’à des vitesses différentes, il y ait une augmentation du niveau de contraintes s’il y a une augmentation du rythme de la pandémie. Je pense qu’il y a une logique là-dedans. Plus on réussit à la contenir, moins on a l’obligation d’être sévère. Mais si on n’est pas assez sévère, on ne réussira pas à [la] contenir. Et ça, c’est une réflexion que chacune des juridictions, que chacun des territoires, au Canada comme ailleurs, doit faire à sa propre façon. »

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Yves-François Blanchet est arrivé à la conférence de presse à bord d’un Tesla Model X.

M. Blanchet avait fait le trajet en autocar de campagne depuis Mont-Saint-Hilaire, où il avait participé sur l’heure du lunch au lancement de la campagne de Centraide dans sa propre circonscription, Belœil–Chambly. Mais c’est dans le siège du passager d’un Tesla Model X conduit par le député bloquiste Rhéal Fortin de Rivière-du-Nord qu’il a fait son entrée dans le stationnement de Lion Électrique, où avait lieu une conférence de presse, à 14 h 30.

Le chef du Bloc en a profité pour demander au prochain gouvernement fédéral de négocier avec Washington des exemptions au Buy American Act (la loi protectionniste des États-Unis qui impose un contenu américain élevé dans les contrats publics) pour favoriser des technologies québécoises et canadiennes qui sont « pertinentes en matière de transition écologique » comme les autobus électriques de Lion.

« Un des risques aussi qui peut venir avec la situation actuelle, c’est que pour obtenir les contrats sur le marché américain, qui est évidemment infiniment plus gros que le marché canadien, c’est que les entreprises soient tentées de se délocaliser vers les États-Unis », a-t-il expliqué, avant de retourner à Montréal en autocar, après une visite de l’usine.