(Montréal) Le Parti populaire (PPC) de Maxime Bernier a vu ses appuis presque doubler dans les sondages depuis le début de la campagne électorale, malgré le peu d’attention médiatique qu’il a reçue jusqu’à présent. Un gain réussi grâce aux médias sociaux, selon des experts.

Clara Descurninges La Presse Canadienne

C’est après les débats des chefs des 8 et 9 septembre que le PPC a réellement décollé, atteignant un pic de 6,7 % le 12 septembre, selon l’agrégateur de sondages de CBC News. Pourtant, son chef n’avait même pas participé aux dits débats, puisque son parti ne répondait pas aux critères en matière d’intentions de vote.

« Nous sommes tout à fait heureux que M. Bernier n’ait pas été là ; ça nous a aidés », déclare le porte-parole du PPC Martin Masse, qui se dit très critique à propos de la formule de l’évènement ainsi que des questions posées.

« Les débats, ça a été l’occasion pour beaucoup de gens qui sont prêts à appuyer Maxime Bernier de constater qu’il n’y a que lui à avoir certaines positions », puisque Erin O’Toole a entamé un « recentrage » de son parti, ajoute Philippe Dubois, doctorant en science politique et chercheur spécialisé dans l’utilisation des médias sociaux à des fins politiques.

En effet, le PPC est maintenant le seul à affirmer vouloir se retirer de l’Accord de Paris, ôter des restrictions sur les armes à feu et, surtout, soutenir entièrement ceux qui ne souhaitent pas recevoir le vaccin contre la COVID-19.

« Il vient conforter beaucoup de gens déjà mobilisés en ligne et je pense que ça lui donne un coup de pouce exceptionnel pour que son message circule […], il profite un peu de cet écosystème-là » qui s’est développé sur les médias sociaux durant la pandémie, explique M. Dubois.

Présence en ligne

« À défaut de pouvoir avoir du temps d’antenne sur les médias traditionnels, il fait un très bon usage des médias sociaux », selon Bruno Guglielminetti, consultant en stratégie de communication numérique. De toute façon, « les gens qui pensent comme lui, ils ne vont pas chercher leur information dans les médias traditionnels ; ils “font leurs recherches” sur l’internet, et c’est là où lui il va s’adresser à eux ».

« Nous n’avons pas eu le choix » de nous adresser directement aux gens, indique M. Masse, qui considère avoir été « complètement ignoré » par les médias.

En date de mardi, M. Bernier avait plus de 150 000 abonnés sur Twitter, soit plus qu’Yves-François Blanchet et Annamie Paul réunis, et presque autant qu’Erin O’Toole.

« Que ce soit des youtubeurs, des pages Facebook de gens qui pensent comme ça, des groupes de discussion […], c’est ça qui fait qu’à un moment donné il apparaît sur le radar des gens », explique M. Guglielminetti.

L’entrevue d’une heure que M. Bernier a accordée à Mikhaila Peterson, une blogueuse qui promeut un régime qui a d’après elle permis une « rémission complète » de sa dépression, sa bipolarité et sa maladie de Lyme, a récolté plus de 100 000 vues sur YouTube, malgré son long format. Sa visibilité a aussi eu un coup de pouce avec le recrutement du youtubeur David Freiheit (alias « Viva Frei »), candidat dans Notre-Dame-de-Grâce–Westmount, qui rejoint plus de 380 000 abonnés sur sa chaîne. Mais c’est son imminente entrevue avec le controversé professeur Jordan Peterson qui devrait avoir la plus grande portée, avec pas moins de 4 millions d’abonnés sur YouTube.

Bains de foule

Malgré tout, sa campagne ne se limite pas aux médias sociaux. Les bains de foule, évités par les autres chefs en raison de la pandémie, font maintenant partie de son image de marque. Des dizaines, voire des centaines de personnes assistent à ses rassemblements, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, et rarement avec des masques.

« Ça lui permet de récupérer ces images-là et de les redéployer dans l’espace numérique », où ses foules en liesse contrastent avec les créations plus aseptisées des autres partis, pense M. Dubois.

Son approche plus « populiste » est « très inspirée des campagnes conservatrices américaines », dit M. Guglielminetti, qui cite l’exemple du Tea Party.

Dans une vidéo publiée le 5 septembre, M. Bernier récite un discours de John F. Kennedy, alors que sur la scène, l’un de ses partisans arbore un drapeau Gadsden, emblème de la Révolution américaine plus tard adopté par l’extrême droite libertarienne.

C’est dans les provinces traditionnellement conservatrices que Maxime Bernier récolte le plus d’appuis, avec 8,7 % des intentions de vote en Alberta et 8,3 % dans les Prairies, en date de mardi. Il est à la traîne dans son Québec natal, avec seulement 4,3 %.