Le Parti libéral du Canada a promis samedi de rendre obligatoire le rachat d’armes d’assaut et de soutenir financièrement les provinces qui souhaitent interdire les armes de poing sur leur territoire.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

« Nous allons instaurer un programme obligatoire, a affirmé la candidate libérale dans Outremont, Rachel Bendayan, lors d’un point de presse samedi. Toutes les armes d’assaut devront être rachetées par le gouvernement ou rendues complètement inopérables. » Ce programme de rachat des armes de feu coûterait 800 millions.

Depuis mai 2020, une loi fédérale interdit la vente, l’utilisation et l’importation de près de 1500 modèles d’armes à feu, qualifiés d’« armes d’assaut ».

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Rachel Bendayan et Pablo Rodriguez

Présent au côté de Mme Bendayan, le candidat dans Honoré-Mercier, Pablo Rodriguez, a annoncé qu’un milliard serait accordé aux provinces qui souhaitent interdire les armes de poing sur l’ensemble de leur territoire. « Il faut que cette violence cesse », a souligné Pablo Rodriguez. Ce dernier a aussi promis un durcissement des peines pour le trafic d’armes à feu, les faisant passer de 10 à 14 ans. « C’est tolérance zéro pour ceux qui essaient de faire de l’argent sur le dos des victimes », a-t-il ajouté.

Le Parti libéral promet aussi de resserrer le contrôle aux frontières pour empêcher l’importation d’armes. Une partie du plan proposé concerne également la sensibilisation, a renchéri Pablo Rodriguez.

C’est en intervenant le plus tôt possible qu’on peut limiter l’impact et l’adhésion à des gangs de rue.

Pablo Rodriguez, député libéral d’Honoré-Mercier

Avec les récents incidents impliquant des armes de poing un peu partout au pays, le débat sur les armes à feu s’inscrit au cœur de la campagne électorale.

« C’était nécessaire », pense PolySeSouvient

Selon Nathalie Provost, survivante de la tuerie de Polytechnique, les promesses de samedi concernant les armes d’assaut répondent bien aux demandes faites à Justin Trudeau en mars dernier par l’organisme PolySeSouvient, dont elle est porte-parole. « C’était nécessaire pour nous », a-t-elle fait valoir.

Cette dernière dit être très fière de ne pas avoir arrêté de se battre pour une telle interdiction au cours des années. « On est fatigués, a-t-elle soufflé. Trente-deux ans, c’est long », souligne Nathalie Provost. Mais pour elle, constater que le débat sur la question des armes à feu est au premier plan dans la campagne est une victoire.

« Mais on est déçus du volet des armes de poing, précise-t-elle, au sujet de l’annonce des libéraux. Il faut une législation fédérale. » Cette dernière craint que plusieurs provinces ne refusent d’adopter une telle loi sur leur territoire et que les répercussions ne soient pas assez significatives.

Les conservateurs accusés « de vouloir retourner en arrière »

Lors du point de presse samedi, le Parti libéral a accusé le chef conservateur d’avoir menti en affirmant lors du débat du 2 septembre que les armes d’assaut demeureraient interdites s’il est élu. « On a vu dans la plateforme conservatrice qu’O’Toole va renverser l’interdiction des armes d’assaut que nous avons mise en place, a lancé Rachel Bendayan. Au lieu d’avancer, les conservateurs veulent retourner en arrière. »

Erin O’Toole veut maintenir l’interdiction des armes d’assaut, a répondu à La Presse Axel Rioux, porte-parole du chef conservateur.

Le débat entre les libéraux et les conservateurs porterait sur la définition d’une arme d’assaut.

Les conservateurs n’aboliraient pas la loi qui interdit les armes automatiques depuis 1977, mais uniquement la récente législation des libéraux, soit le projet de loi C-71 et le décret de mai 2020.

M. Rioux indique que le Parti conservateur veut « faire un examen de la Loi sur les armes à feu avec la participation des forces de l’ordre, des propriétaires d’armes à feu, des fabricants et du public ». Cela aura pour but de créer un système de classification « simplifié » pour les types d’armes, explique ce dernier.

Blanchet se souvient de l’attentat au Métropolis

Appelé à commenter en mêlée de presse à Chibougamau le dossier des armes d’assaut, le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, a rappelé les évènements d’il y a exactement neuf ans au Métropolis de Montréal. Le 4 septembre 2012, la cheffe péquiste Pauline Marois, tout juste élue première ministre, avait échappé aux tirs de Richard Henry Bain, qui a néanmoins fait une victime.

« Dans le contexte du dossier des armes à feu, je veux mentionner que c’est le neuvième anniversaire de l’attentat contre Pauline Marois », a dit M. Blanchet. Après un long silence, il a enchaîné : « J’invite les partis à vraiment considérer les mesures nécessaires. »

Le chef bloquiste a assuré que son parti a joué un rôle exemplaire sur l’enjeu du contrôle des armes à feu, contrairement, selon lui, à ses opposants libéraux et conservateurs.

Il a rappelé qu’il réclame notamment le rachat obligatoire, et non facultatif, des armes d’assaut en circulation. « La conversion des libéraux à cette mesure » a été tardive, a-t-il déploré.

De son côté, le NPD promet de travailler « pour garder les armes d’assaut et les armes de poing illégales hors [des] rues » et de s’attaquer à la contrebande d’armes à feu et au crime organisé.

Avec La Presse Canadienne