(Bolton, Ontario) Le chef libéral Justin Trudeau admet avoir été pris de court par la colère des manifestants qui ont forcé son équipe à annuler le rassemblement extérieur qu’il devait tenir dans la grande région de Toronto vendredi soir.

Catherine Lévesque La Presse Canadienne

« Dans mes années en politique, les douze ans que j’ai faits ici, mais aussi ce que j’avais vu avec mon père, j’ai souvent vu des manifestants, j’ai souvent vu des gens fâchés », a-t-il déclaré, lors d’une mêlée de presse après coup. « Je n’ai jamais vu ce niveau de colère. »

Environ 150 manifestants étaient présents autour du stationnement d’un hôtel où le discours de M. Trudeau devait avoir lieu à Bolton, vendredi. Ils ont passé deux heures à scander des slogans contre la vaccination et à balancer des injures à l’endroit du chef libéral, tout en défiant le périmètre de sécurité qui ne tenait qu’à une corde. Les renforts policiers étaient manifestement insuffisants.

PHOTO CARLOS OSORIO, REUTERS

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

La situation était telle que les organisateurs ont décidé de déclarer forfait et d’annuler l’évènement. M. Trudeau a finalement prononcé son discours et a réagi à la situation devant les journalistes et ses candidats de la région, à quelques kilomètres de là, dans un parc de Brampton.

« On ne pouvait pas garantir la sécurité des personnes présentes. La situation était telle qu’on aurait mis les bénévoles, plusieurs personnes qui sont ici ce soir à risque et ce n’était pas quelque chose que nous étions prêts à faire. Il n’en était pas question », a justifié le chef libéral.

Depuis le début de la campagne, Justin Trudeau fait régulièrement face à des manifestants qui scandent des slogans contre la vaccination. Et à chaque fois, il leur répond simplement d’aller se faire vacciner. S’il n’a pas l’intention de modifier son discours sur le fond, son discours de vendredi laissait croire qu’il va en modifier la forme.

On a tous connu une année difficile. Et les gens qui manifestaient… ils ont eu une année difficile, aussi. Je sais et j’entends la colère, la frustration, la peur. Je l’entends. Et je sais qu’on doit travailler encore plus fort pour être là pour les uns, les autres, à se soutenir.

Justin Trudeau

« On doit répondre à cette peur avec de la compassion », a-t-il ajouté.

Les adversaires politiques de M. Trudeau ont eux aussi choisi la voie de la compassion. Ils ont déploré les incidents qui ont eu lieu, vendredi,

« Tout le monde mérite d’être en sécurité pendant la campagne électorale. Je suis vraiment désolé d’apprendre ce qui est arrivé ce soir à M. Trudeau et à l’équipe libérale et j’espère que tout le monde va bien », a écrit sur Twitter le chef néo-démocrate Jagmeet Singh.

« La campagne conservatrice condamne l’utilisation d’un langage obscène et extrême par certaines personnes qui manifestent contre les évènements de M. Trudeau. […] Ça devrait être une expérience positive, quelle que soit leur affiliation politique », a pour sa part écrit le Parti conservateur du Canada, avant l’annulation de l’évènement.

La tournée libérale sera en pause samedi, comme prévu, et reprendra dimanche.