(Longueuil) Les agriculteurs auront besoin du soutien du prochain gouvernement fédéral pour s’adapter aux changements climatiques et pour réaliser des projets en agroenvironnement, plaide Marcel Groleau, le président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Stéphane Rolland La Presse Canadienne

« On veut des programmes de gestion des risques adaptés aux changements climatiques, dit-il lors d’une entrevue avec La Presse Canadienne visant à discuter des demandes électorales des producteurs agricoles du Québec. On vit des situations météorologiques de plus en plus extrêmes. »

Les incendies de forêt en Colombie-Britannique de cet été sont un exemple du genre de catastrophes climatiques qui pendent au bout du nez des producteurs, ajoute M. Groleau. « Ça a entraîné des pertes de production pour certains fruits et légumes. Pas parce que le feu est passé, mais à cause de la suie et des saletés » qui sont tombées dans les champs.

Or, les conditions actuelles des programmes de gestion de risque sont parfois trop restrictives pour venir en aide aux producteurs qui subissent les conséquences des changements climatiques, juge le président général de l’UPA. L’accès restreint aux programmes pourrait « mettre à risque plusieurs entreprises agricoles au Canada » dans le futur, prévient celui qui est également producteur laitier à Thetford Mines.

Il donne en exemple le programme Agri-stabilité, destiné à venir en aide aux producteurs qui subissent d’importantes diminutions de leurs ventes. Pour obtenir une compensation, ils doivent avoir enregistré une baisse de 30 % de leurs revenus par rapport à leurs revenus moyens des cinq dernières années.

Moins de soutien au Canada qu’ailleurs

Parmi les pays de l’OCDE, le Canada est le pays qui a le plus diminué son soutien à l’agriculture dans les dernières années, affirme l’UPA. Les transferts budgétaires reçus par les producteurs américains représentent 8 % de la valeur totale de la production agricole des États-Unis. C’est deux fois plus qu’au Canada où ils atteignent 4 %.

L’association chiffre l’écart de financement à 2,6 milliards. Les demandes de l’organisme représentent des investissements publics d’environ 700 millions, ce qui comblerait une partie de l’écart, précise M. Groleau.

Outre la gestion du risque, le sous-financement est également visible en agroenvironnement, selon lui. Près du quart du soutien aux agriculteurs américains est dirigé vers une aide directe aux initiatives agroenvironnementales. Ce chiffre serait de 30 % en Europe, selon l’UPA.

L’UPA demande aux partis de s’engager à soutenir les agriculteurs à faire la transition vers l’agroenvironnement. Par exemple, il existe des solutions comme la rotation de culture ou les tests de dépistage pour réduire l’utilisation des pesticides. Les coûts de ces projets ne peuvent toutefois pas toujours être transférés aux consommateurs, encore plus lorsqu’il s’agit d’exportation, précise M. Groleau.

L’association propose donc la création d’un programme, qu’elle nomme pour le moment Agri-Vert, afin de rémunérer les producteurs qui développent des projets écologiques.

Des changements administratifs pour les travailleurs temporaires

En entrevue, M. Groleau s’en prend aussi au « fardeau administratif » lié à l’embauche de travailleurs étrangers temporaires. Un agriculteur doit y consacrer en moyenne 1000 $ par travailleur, dit-il.

Le processus de recrutement pourrait être plus simple, notamment en ce qui concerne la preuve à fournir comme quoi les travailleurs locaux ne sont pas disponibles, selon lui. « Les taux de chômage dans nos régions sont très, très bas. Il y a peu de Québécois et de Canadiens intéressés à travailler sur les fermes. »

Le prochain gouvernement devrait faciliter l’embauche d’un travailleur temporaire par plus d’une entreprise pendant son séjour, souhaite M. Groleau. La saisonnalité des récoltes n’est pas la même d’un agriculteur à l’autre. « La production d’asperge se fait plutôt dans la saison, mais les producteurs ne sont pas en mesure de procurer du travail toute la saison tandis que les pommes se récoltent de la fin août à octobre. »

« Ça prend deux permis si un travailleur veut occuper deux emplois, ajoute-t-il. Ce sont des coûts, c’est du temps. Est-ce qu’on peut simplifier le processus ? »

En 2020, le Canada a attiré un peu plus 50 000 travailleurs étrangers temporaires dans l’industrie agricole, selon Statistique Canada. Le chiffre est d’un peu plus de 13 000 pour le Québec. Cette main-d’œuvre est « cruciale » pour l’industrie, insiste M. Groleau.