Le chef libéral Justin Trudeau s’est engagé mardi à mettre sur pied une « charte des droits » pour les nouveaux acheteurs. S’il est réélu, son gouvernement créerait un compte d’épargne non imposable allant jusqu’à 40 000 $ pour les citoyens de moins de 40 ans voulant accéder à la propriété.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Il n’y a pas de solution simple à la crise du logement. Chaque famille est dans une situation légèrement différente, et chaque communauté fait face à ses propres défis », a plaidé M. Trudeau lors d’une mêlée de presse en matinée à Hamilton, dans le sud de l’Ontario, où il fait campagne mardi.

Cette « charte des droits » interdirait entre autres la négociation des offres à l’aveugle – pour décourager la surenchère immobilière – et garantirait une meilleure transparence sur l’historique des prix de vente récents, afin d’éviter les hausses déraisonnables des prix sur le marché.

D’abord, les Canadiens de moins de 40 ans auraient accès à un nouveau compte d’épargne dans lequel ils pourraient déposer une mise de fonds allant jusqu’à 40 000 $ pour l’achat d’une première propriété, sans être imposés ni avoir l’obligation de rembourser ce montant. Les libéraux promettent aussi de doubler le crédit d’impôt pour l’achat d’une première propriété, qui passera de 5000 $ à 10 000 $. Le parti s’engage également à bâtir, maintenir ou rénover 1,4 million de maisons au cours des quatre prochaines années, via la création d’un Fonds accélérateur du logement.

Les locataires qui voudraient devenir propriétaires, eux, pourraient également prendre part à des projets de location avec option d’achat, en collaboration avec des partenaires du secteur privé, des organismes à but non lucratif ou des coopératives.

Les libéraux estiment que cette option ouvrirait la voie à l’accès à la propriété en cinq ans ou moins pour des locataires qui le désirent. Les libéraux prévoient aussi s’attaquer aux « rénovictions » – un cheval de bataille du milieu communautaire depuis plusieurs années déjà – en instaurant une taxe « anti-flip immobilier » sur les immeubles résidentiels et en exigeant que ces immeubles soient conservés pendant un minimum de 12 mois. L’achat immobilier de maisons sera également interdit aux non-résidants pendant les trois prochaines années pour s’assurer que davantage de Canadiens y aient accès.

Un historique imparfait

Mais le bilan de Justin Trudeau en matière de logement est loin d’être parfait. Il y a deux semaines, le directeur parlementaire du budget affirmait que son gouvernement n’atteint pas son objectif d’élargir considérablement le parc de logements abordables au Canada, même s’il y a injecté plusieurs milliards.

Dans un rapport, le bureau d’Yves Giroux a estimé que les impacts de la Stratégie nationale sur le logement ont été limités au cours des trois premières années par plusieurs facteurs, dont l’expiration des accords d’exploitation des logements communautaires financés en vertu d’ententes entre les provinces et la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Le Directeur évoque aussi un virage vers des logements « abordables » plus chers, ainsi que les retards dans la mise en œuvre des programmes de contributions.

Questionné à ce sujet mardi, M. Trudeau a réitéré que la crise du logement est une affaire « délicate » qu’il faut traiter avec plusieurs mesures. « Il y a plus à faire. […] Certains ont besoin d’aide pour avoir plus de capacité de premier paiement, d’autres ont besoin d’aide avec de nouvelles maisons, avec le loyer, et d’autres ont besoin de plus de protection en termes de leurs droits. On a énormément d’outils », a-t-il dit.

Le premier ministre sortant affirme qu’il ne peut pas « faire des choses qui vont augmenter le coût des maisons sans avoir d’autres impacts ». « Si on donne simplement de l’argent à des citoyens, les maisons vont devenir plus chères. » « La réalité, c’est qu’en 2015 on a commencé avec beaucoup de retard, parce que pendant dix ans, le parti conservateur de Stephen Harper n’a rien voulu faire », a du même coup accusé Justin Trudeau. Il a aussi reproché aux néo-démocrates de ne pas avoir de « plan concret » pour le logement.

Chez le NPD, Jagmeet Singh n’a pas manqué de souligner mardi que les libéraux n’ont pas instauré une taxe sur la spéculation dans le dernier budget. « Justin Trudeau s’est rangé du côté des riches spéculateurs pendant six ans alors qu’ils faisaient grimper les prix des maisons hors de la portée du reste d’entre nous. S’il voulait vraiment rendre le logement plus abordable pour les gens d’ici, il l’aurait déjà fait », a illustré le chef, en ajoutant que depuis 2015, le prix de référence pour acheter une maison a bondi de 300 000 $.

« Justin Trudeau […] a eu six ans pour faire quelque chose de nouveau. Et dans ces six ans, au lieu d’améliorer la situation, la situation s’est empirée. C’est plus cher maintenant d’acheter une maison, c’est plus cher de louer un appartement. Comment les gens peuvent-ils croire Justin Trudeau quand il a eu six ans pour régler les mêmes problèmes ? » a ensuite demandé M. Singn en conférence de presse.

Avec La Presse Canadienne