Au moment de publier, la proportion de femmes qui accéderont à la Chambre des communes semblait dépasser le seuil de 26 % qui a été enregistré en 2015. La parité demeure cependant loin d’être gagnée.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Dans les provinces atlantiques, la députation s’annonce particulièrement masculine, avec 6 femmes élues sur 32 députés, selon des résultats encore non définitifs.

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Au Québec, les femmes bloquistes étaient une bonne dizaine à être en avance, et plusieurs nouvelles candidates se dirigeaient vers la victoire.

Esther Lapointe, directrice générale du Groupe Femmes, Politique et Démocratie, demeurait déçue. « Dans la province, nous avions au total 43,3 % de candidates féminines, tous partis confondus, mais on est loin de s’approcher de ce score pour ce qui est des élues. »

Stéphanie Chouinard, professeure adjointe au département de sciences politiques du Collège militaire royal de Kingston, a cependant relevé que les femmes ministres du cabinet Trudeau ont connu une très bonne soirée, « à l’exception de Diane Lebouthillier, emportée par la forte remontée du Bloc ».

Chrystia Freeland, Ginette Petitpas-Taylor, Mélanie Joly, Catherine McKenna et Marie-Claude Bibeau ont toutes été réélues.

« Très peu de femmes conservatrices étaient en voie d’être élues, a dit hier soir Mme Chouinard. Même Lisa Raitt, grosse pointure conservatrice, a été battue. »

Sur papier, pour cette campagne 2019, tout portait à croire à une meilleure représentativité féminine qu’en 2015. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a attiré 49 % de candidates, le Bloc, 44,9 % et les libéraux, aussi bien que les conservateurs, exactement 39,7 %.

« Pas beaucoup d’espace »

Pour illustrer la difficulté d’en arriver à la parité, Esther Lapointe donne l’exemple de la région de Québec–Chaudière-Appalaches. « Sur 12 circonscriptions, il y avait là 11 hommes qui étaient des députés sortants et qui se représentaient. »

« Quand certaines personnes – souvent des hommes – se représentent au même endroit pendant 30 ans, ça ne laisse pas beaucoup d’espace. »

Melanee Thomas, professeure associée au département de sciences politiques à l’Université de Calgary, se désole qu’on demeure encore si loin de la parité. « Cette année encore, les femmes étaient nettement surreprésentées dans les circonscriptions qui ne peuvent pas être gagnées », dit-elle.

En gros, encore aujourd’hui, les femmes continuent de percer essentiellement dans les tiers partis ou quand les partis sont vraiment dans le trouble.

Melanee Thomas, professeure associée au département de sciences politiques à l’Université de Calgary

Ainsi, fait-elle remarquer, si Audrey McLaughlin et Alexa McDonough ont déjà été à la tête du NPD, de toute l’histoire du Canada, seule Kim Campbell a réussi à se frayer un chemin à la tête de l’un des deux principaux partis fédéraux.

Mme Thomas estime que le problème se situe dans l’establishment des partis et non pas chez les électeurs. « Selon les recherches, on ne constate pas que les électeurs sont sexistes ou, du moins, on ne constate pas que cela transpire de leurs votes lorsqu’ils ont le choix d’opter pour une candidate féminine. Tout indique que c’est bien plus à l’intérieur même des partis que ça bloque », poursuit Mme Thomas.

 – Avec la collaboration de Marie-Eve Morasse, La Presse