Positionner les partis fédéraux sur l’axe gauche-droite est plutôt facile pour ceux qui suivent la politique. Ce qui est moins clair, c’est jusqu’à quel point les divers partis s’éloignent du centre. Peut-on estimer le « degré » de gauche et de droite des partis ?

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

La notion est bien relative et varie selon les pays. La gauche américaine, avec les démocrates, est généralement bien plus à droite que la gauche canadienne, qu’on associe au Nouveau Parti démocratique (NPD).

De plus, il est possible que des candidats ou des groupes de pression aient des positions associées à la droite dans certains domaines (équilibre des finances publiques, liberté entrepreneuriale, etc.), mais à la gauche dans d’autres (pro-choix, pro-environnement, etc.), et inversement (1).

Cela dit, j’ai concocté un petit indicateur pour placer les partis politiques sur l’axe gauche-droite, à l’aide de leurs promesses financières. Comment ? En additionnant les nouveaux revenus et les nouvelles dépenses promises par chacun (ou les baisses de revenus et de dépenses).

En pratique, cette addition n’a aucune signification comptable. Toutefois, elle permet de voir dans quelle mesure des partis veulent un État plus gros, tant par son augmentation des dépenses que par ses impôts plus lourds, et inversement (2).

Un État plus gros avec davantage d’impôts et de mesures sociales est le plan des partis de gauche, bien sûr. Un État plus léger, celui de la droite.

Mes additions sont basées sur les analyses de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Le Parti populaire du Canada (PPC) est de très loin le plus à droite, selon cet indicateur. Si l’on se fie aux promesses du parti de Maxime Bernier, la formation politique diminuerait les revenus du fédéral de 112,5 milliards d’ici quatre ans, soit 29 % des revenus prévus par le Directeur parlementaire du budget (DPB). En même temps, le PPC veut charcuter les dépenses de 52,3 milliards. Bref, le budget serait chambardé de quelque 165 milliards, en quelque sorte.

À l’autre bout du spectre, étonnamment, ce n’est pas le NPD qui est le plus à gauche, mais le Parti vert, et nettement. Cette formation politique veut ajouter 62 milliards de nouveaux revenus et 53 milliards de nouvelles dépenses, pour un total de quelque 115 milliards.

Par exemple, les verts veulent éliminer totalement les droits de scolarité (9,5 milliards), doper le taux d’imposition des sociétés (14,8 milliards) et imposer les fortunes (6,3 milliards). Ces politiques très à gauche sont étonnantes pour une formation qui cherche à rallier à sa cause les électeurs de droite comme de gauche.

Vu sous cet angle, le Parti vert est presque autant à gauche que le Parti populaire est à droite. Il serait même deux fois plus à gauche que le NPD, dont l’addition des nouveaux revenus (34 milliards) et nouvelles dépenses totalise 68 milliards. Le Bloc québécois serait aussi considéré comme à gauche, selon cet indicateur, mais deux fois moins que le NPD. Quant aux libéraux, ils sont aussi à gauche, mais deux fois moins que le Bloc, donc près du centre.

Enfin, avec mon indicateur, le Parti conservateur (PC) pourrait être considéré comme un peu plus à droite que le Parti libéral (PLC) est à gauche. Le parti d’Andrew Scheer est néanmoins très loin de celui de Maxime Bernier, à l’extrême droite.

Comme bien des indicateurs, le mien esquinte les nuances, mais bon, il reflète tout de même les grandes tendances.

Au sujet des libéraux et des conservateurs, qui ont des chances de prendre le pouvoir, je dois dire que je trouve chacun de leur cadre financier déraisonnable à certains égards.

D’abord, il est étonnant que le PC veuille à la fois atteindre l’équilibre budgétaire et baisser les impôts de 6,7 milliards. Il aurait été préférable, me semble-t-il, d’assainir minimalement les finances publiques avant de retourner des fonds à la population.

Le PC, rappelons-le, veut notamment réduire le taux d’imposition de la première tranche de revenus des particuliers pour le faire passer de 15 % à 13,75 %. Cette première tranche vaut pour les revenus de moins de 47 000 $. La baisse touche donc davantage de gens à faibles revenus que la réduction d’impôts des libéraux en 2015 (tranche de revenus allant d’environ 47 000 $ à 94 000 $).

Du côté du PLC, il est étonnant qu’on veuille diminuer les impôts d’une somme de 5,6 milliards tout en augmentant le déficit à 27,4 milliards l’an prochain et à 21 milliards d’ici quatre ans. En 2015, rappelons-le, le PLC avait promis que le déficit serait éliminé cette année, alors qu’il a finalement atteint 14 milliards.

La baisse d’impôts du PLC, cette fois, toucherait les moins nantis de la société. Les libéraux y parviendraient en haussant le seuil de revenus à partir duquel les contribuables paient des impôts, le faisant passer d’environ 13 000 $ actuellement à 15 000 $. Bref, on vise un groupe plus démuni que les conservateurs.

Un déficit ne représente pas une plaie, mais une crise peut rapidement le faire exploser, comme on l’a vu en 2009. En 2015, compte tenu de sa gestion du déficit, le PLC voulait ramener le ratio dette/PIB à 27 % cette année, mais il l’a plutôt augmenté à 30,9 %. Cette fois, le PLC promet que ce ratio restera relativement stable.

Enfin, je trouve renversant que les conservateurs promettent d’abolir la taxe carbone, un outil vu comme essentiel par une grande variété d’économistes. L’enjeu du réchauffement climatique est devenu primordial. Faut-il rappeler que les scientifiques enjoignent aux politiciens de bouger depuis… 25 ans.

(1) L’axe gauche-droite est essentiellement né dans la foulée de la Révolution française de 1789. Il renvoyait alors à la position des partis dans l’Assemblée nationale d’alors, les royalistes étant à droite et les républicains, à gauche.

(2) Il fut un temps où l’atteinte ou non du déficit zéro selon un certain échéancier pouvait permettre de placer les partis sur l’axe gauche-droite, mais ce n’est plus le cas. Par exemple, le Parti conservateur et le Parti vert projettent tous deux d’atteindre le déficit zéro rapidement, mais leurs positions idéologiques sont aux antipodes.