Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

La déclaration

Un gouvernement libéral réélu adoptera des mesures conduisant le Canada à la carboneutralité d’ici 2050, ont annoncé hier les troupes de Justin Trudeau.

Le Canada continuerait d’émettre des gaz à effet de serre (GES), mais les compenserait par différentes mesures, comme la plantation d’arbres, ce qui lui permettrait d’atteindre une cible nette de zéro émission.

Cette annonce survient au lendemain du sommet des Nations unies sur le climat, où 65 pays et l’Union européenne se sont engagés à devenir carboneutres d’ici 2050.

La vérification des faits : possible, mais exigeant

« Ça va être extrêmement difficile d’atteindre ça », réagit le directeur de l’Institut de l’énergie Trottier de Polytechnique Montréal, Normand Mousseau.

« C’est dans 30 ans », précise-t-il pour souligner l’imminence de l’échéance, mais « c’est ce qu’on doit viser ».

« C’est ce que la science demande », renchérit Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace.

« L’annonce du Parti libéral, c’est essentiellement de dire “on va atteindre l’objectif du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat]” », résume Karel Mayrand, directeur général pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki.

L’intention du Parti libéral d’adopter des objectifs juridiquement contraignants à atteindre tous les cinq ans est applaudie par les intervenants consultés par La Presse.

L’idée combine une vision à long terme à des étapes à court terme, à l’image des « budgets carbone » qu’adopte le gouvernement britannique, souligne Normand Mousseau, qui y voit la clé du succès.

Présentement, on a raté toutes les cibles parce qu’on en met juste une, loin, et il n’y a rien qui se fait jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour agir.

Normand Mousseau, directeur de l’Institut de l’énergie Trottier de Polytechnique Montréal

Patrick Bonin y voit le meilleur moyen de s’assurer de l’atteinte et du respect des objectifs : « C’est ce que demandent les ONG [organisations non gouvernementales] : avoir non seulement des cibles, mais aussi des mécanismes de reddition de comptes. »

Il salue également la volonté de confier à un groupe d’experts composé d’économistes et de scientifiques le rôle de suggérer les mesures à mettre en place.

« On va avoir besoin de stratégies », croit d’ailleurs Normand Mousseau, qui relève qu’Ottawa « n’a pas juridiction » sur toutes les émissions du pays.

La fin du pétrole

L’engagement du Parti libéral n’annonce rien de moins que « la fermeture graduelle de l’industrie pétrolière et gazière au Canada » d’ici 30 ans, estime Karel Mayrand.

« On sait déjà qu’on est capable d’atteindre 100 % d’énergie renouvelable pour notre électricité au Canada d’ici une quinzaine d’années, dit-il. Après ça, il va falloir faire les transports. »

Greenpeace Canada estime également que l’atteinte de la carboneutralité passe par la fin des énergies fossiles.

« S’ils sont sérieux dans leur volonté de régler la crise climatique, les libéraux doivent abandonner le projet d’expansion du pipeline Trans Mountain et s’attaquer aux sables bitumineux qui représentent la plus grande source d’émissions de gaz à effet de serre au pays », affirme Patrick Bonin.

L’annonce libérale a d’ailleurs suscité les railleries du Nouveau Parti démocratique (NPD), qui a réagi par un communiqué de quatre lignes, littéralement : « Vous. Avez acheté. Un. Pipeline. »

Une transition équitable

Afin de contrer les impacts sur les communautés qui vivent de cette industrie, les libéraux promettent de déposer un projet de loi visant à assurer une transition énergétique équitable, en offrant, par exemple, de la formation aux travailleurs concernés pour qu’ils se trouvent un emploi de même qualité, un engagement qui plaît à Greenpeace Canada.

« Il faut qu’on planifie cette transition-là pour ne pas que seule une poignée d’individus et de communautés en fasse les frais, affirme Patrick Bonin. Pour nous, c’est essentiel de ne pas sacrifier des travailleurs dans cette démarche. »

Il rappelle que le Canada a proposé un plan de transition dans le cadre de l’élimination progressive des centrales électriques au charbon, un « plan pas parfait, mais qui a démontré une véritable volonté de transition ».