Malgré la présence controversée d’individus, liés par le passé au crime organisé, à la soirée d’investiture du candidat libéral William Morales dans Drummond, le Parti libéral continuera de faire confiance à sa nouvelle recrue.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

L’hebdomadaire L’Express de Drummondville a rapporté mercredi matin la présence de Julian Andrey Mazuera et de sa conjointe, Ana Milena Padilla Vaquero, tout deux condamnés au criminel dans des affaires différentes. Mazuera a notamment été condamné à 10 ans de prison pour une histoire d’importation de cocaïne en 2013.  

Selon le journaliste de L’Express qui était sur place, Julian Andrey Mazuera aurait enlacé le candidat libéral, peu de temps avant le dévoilement.

« La nomination de M. Morales est le fruit d’un processus ouvert et transparent. Ayant servi sur le conseil municipal de Drummondville depuis 2013, nous sommes confiants que M. Morales continuera d’être une voix forte pour ses concitoyens », a fait savoir Pierre-Olivier Herbert, porte-parole du Parti libéral. 

Le principal intéressé n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue. William Morales, élu président de l’Association libérale du Canada de la circonscription de Drummond en avril dernier, a remporté la majorité des voix mardi soir lors de la cérémonie d’investiture libérale qui l’opposait à Julie Lemieux, mairesse de Très-Saint-Rédempteur.

Dans une déclaration transmise par courriel, M. Morales a tenu à clarifier « certaines allégations au sujet des deux individus » présents lors de sa nomination. 

« Ces personnes ne sont pas impliquées dans ma campagne et toute suggestion du contraire est sans fondement. J’entretiens bien sûr des rapports avec les membres de la communauté hispanophone de Drummondville, mais je n’ai pas de relations de proximité avec ces deux personnes », explique-t-il par écrit. 

D’origine colombienne, M. Morales est arrivé au Québec en 2004. 

« Dans le cadre de mes fonctions actuelles, j’ai l’occasion d’échanger avec de nombreuses personnes issues de différentes communautés, mais je me suis toujours comporté d’une façon irréprochable et intègre », ajoute-t-il. 

Par ailleurs, une source haut placée chez les libéraux a affirmé à La Presse que M. Morales est conseiller municipal depuis 2013 et qu’il « n’avait jamais eu d’histoires ». 

Questionné au sujet de la présence de ces invités gênants, l’organisateur en chef de M. Morales, Jacques Sigouin, a précisé que ces deux individus n’étaient « pas des amis » de M. Morales, mais bien des « connaissances ». M. Sigouin a par ailleurs ajouté qu’ils avaient purgé leurs peines respectives, qu’ils avaient été réhabilités par la société et qu’ils participaient à un exercice démocratique de leur plein droit.

Julian Mazuera a été condamné à dix ans de pénitencier en 2013 pour des affaires d’importation de cocaïne. Il avait été arrêté avec 90 autres personnes en 2012 dans une importante opération baptisée Loquace par laquelle la Sûreté du Québec a démantelé un consortium de six individus qui auraient tenté de s’accaparer du monopole de la distribution de cocaïne au Canada par la violence.

Mazuera se serait approvisionné auprès de l’un de ses membres du consortium, Frédéric Lavoie, une relation des Hells Angels tué en Colombie en 2014. Mazuera était en libération conditionnelle au moment où il a été appréhendé dans l’opération Loquace.

Un an plus tôt, Mazuera avait été arrêté et relâché sous conditions en attendant la suite des procédures pour une affaire d’importation par conteneur de 31 kilogrammes de cocaïne éventée par la Gendarmerie royale du Canada.

Ana Milena Padilla Vaquero a pour sa part été condamné à une peine de douze mois à purger dans la collectivité en février 2016 pour avoir été l’une des têtes dirigeantes d’un réseau qui a fraudé l’aide sociale pour près de 279 000$ en recrutant des immigrants et les incitant à faire de fausses déclarations au gouvernement du Québec.

PAS RETENU CHEZ LES CONSERVATEURS

L’Express a aussi révélé que William Morales avait courtisé le Parti conservateur en mai 2018 afin de faire valoir sa candidature éventuelle à l’élection de 2019.

En entrevue à La Presse, le lieutenant politique du Québec pour les conservateurs, Alain Rayes, a confirmé avoir rencontré M. Morales, à la demande de ce dernier, lors des assises annuelles de l’Union des municipalités du Québec à Gatineau, en 2018. « J’étais en début de recrutement alors oui, j’ai accepté de le rencontrer », a-t-il dit.

L’entretien n’a cependant jamais eu de suite, a soutenu M. Rayes. Il explique alors qu’il a fait quelques vérifications rapides et que « l’information qu’on lui donnait » au sujet de M. Morales n’était pas satisfaisante et qu’on lui a conseillé de ne pas aller plus loin.

« Quand j’ai vu qu’il devenait président de l’association libérale, j’ai eu un sourire. Disons que ça ne fait pas très sérieux », a-t-il ajouté.

Dans Drummond, le Parti conservateur a choisi de faire confiance à la directrice générale de la Jeune Chambre de commerce de l’endroit, Jessica Ebacher. Elle croisera le fer avec Martin Champoux, ex-directeur des communications au Village québécois d’antan, qui défendra les couleurs du Bloc québécois.

Les deux formations politiques espèrent ravir le siège de François Choquette du Nouveau parti démocratique, qui a été élu une première fois en 2011. C’est Frédérick Bernier qui porte la bannière du Parti vert et Steeve Paquet, celle du Parti populaire du Canada. Avec Daniel Renaud et La Presse canadienne