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Publié le 23 janvier
Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Depuis que les tests PCR ne sont plus offerts à tous, nous ne connaissons pas le niveau de la COVID-19 parmi la population. Savez-vous si, comme à Boston, le gouvernement ou la Ville de Montréal pensent utiliser l’analyse des égouts afin de connaître l’évolution du variant en cours et l’évolution globale de la contamination ?

Paul Dion

Depuis le début de la pandémie, l’État québécois montre une réticence évidente à adopter de nouveaux outils (comme les tests rapides) pour gérer la pandémie de COVID-19. La détection du virus dans les eaux usées en est l’exemple le plus récent. Et, malheureusement, nous en payons le prix aujourd’hui.

L’affaire est d’une suprême ironie. Nous avions un projet-pilote en ce sens, appelé CentrEAU-COVID. Coordonné par des chercheurs de McGill et de l’Université Laval, il a été déployé à Montréal, à Québec, à Laval et dans quelques autres municipalités. Et il donnait des résultats intéressants.

Le hic : son financement s’est éteint… juste au moment où son utilité aurait été maximale.

Un manque de vision, vous dites ?

Le dernier échantillon d’eaux usées a été analysé par les chercheurs de CentrEAU-COVID le 17 décembre dernier à Montréal, en pleine montée de la vague Omicron.

Deux semaines plus tard, les autorités annonçaient l’arrêt des tests PCR dans la population. Résultat : aujourd’hui, le gouvernement n’a aucune idée de la prévalence du virus dans la population, et il navigue à vue pour essayer de deviner quand surviendra le pic.

CentrEAU-COVID avait pourtant fait ses preuves. La surveillance des eaux usées a par exemple permis de détecter la troisième vague dans la ville de Québec avant les tests PCR. C’est qu’en allant aux toilettes, les gens infectés excrètent le virus avant même d’avoir des symptômes.

En prélevant des échantillons directement à la sortie de refuges pour sans-abri, les chercheurs ont également pu y détecter des éclosions. Combinée à un déploiement de tests rapides, l’approche a permis d’isoler rapidement les gens touchés. Cela pourrait être utile dans les prisons et les CHSLD, notamment.

Personne ne prétend que la méthode est parfaite. Mais combinée à d’autres analyses, la détection par les eaux usées peut apporter de précieux compléments d’information.

Les coûts ? Ils sont absolument dérisoires. Dominic Frigon, de l’Université McGill, est l’un des codirecteurs du projet. Il affirme qu’on peut suivre l’évolution de la charge virale dans une ville comme Montréal pour… 500 $ par jour. Un seul test PCR coûte entre 55 $ et 102 $, selon des données publiées par Radio-Canada.

Voyant leur financement accordé par les Fonds de recherche du Québec s’épuiser, les chercheurs ont fait pression l’automne dernier pour que Québec reprenne le flambeau. Après tout, ils avaient fait leur partie du travail : démontrer la validité de la méthode. Ils étaient prêts à former les chercheurs du réseau public et à mettre leurs laboratoires à la disposition du gouvernement pour les analyses. Une poignée de directions régionales de santé publique les ont appuyés.

Mais le ministère de la Santé leur a opposé une fin de non-recevoir.

Pendant ce temps, dès mars 2021, l’Ontario débloquait 12 millions pour créer un réseau de surveillance de la COVID à partir des eaux usées. L’Union européenne adoptait une recommandation en ce sens au même moment. Aux États-Unis, les Centers for Disease Control and Prevention ont établi un réseau de détection national dès l’automne 2020.

Aujourd’hui, l’INSPQ a accouché d’un rapport favorable à la détection de la COVID-19 par les eaux usées. À Québec, on nous dit qu’il y a maintenant une « grande volonté politique à creuser cette démarche ».

Tant mieux si on se retourne de bord. Mais il faudra un jour s’interroger sur notre méfiance à essayer de nouveaux outils dans notre lutte contre la COVID-19.