Premier reportage à l’étranger depuis la pandémie. Rien n’a changé, mais tout a changé.

Isabelle Hachey Isabelle Hachey
La Presse

Mon avion atterrit à Fort Lauderdale. Après avoir posé mes valises dans un petit hôtel de Little Havana, je décide de profiter de la fraîcheur du soir pour arpenter les rues de ce quartier cubano-américain de Miami.

Première constatation, frappante : tout le monde porte le masque. Les vieux, les jeunes, les Latinos, les Noirs, les Blancs. Partout. Même dans les rues désertes. Je me dis que, vraiment, les résidants de Little Havana ne lésinent pas avec le virus. Quelle discipline!

Je m’en étonne auprès d’une commerçante. Elle me regarde d’un drôle d’air. « C’est obligatoire ici. Vous risquez une amende si vous ne le portez pas.

- Ah bon? Même dans la rue?

- Même dans la rue!

Oups. J’ai fait des recherches avant d’entreprendre ce road trip dans le sud des États-Unis, mais j’avoue ne pas m’être renseignée sur les règles en matière de port du masque...

Deuxième constat : on se conforme très vite. Avant même qu’on me dise que je risque une amende, je porte le masque, comme tout le monde, dans les rues de Little Havana. Pas envie d’être la seule à me balader le nez à l’air...

Mon road trip me mène du Sunshine State à la Sweet Home Alabama, avec un détour par la Caroline du Nord. Pour passer le temps, j’écoute la radio.

Trois mille kilomètres à mesurer l’ampleur du fossé qui divise les Américains en alternant entre Rush Limbaugh et la National Public Radio. Chaque fois, cette impression de passer d’un pays à l’autre, de plonger dans un univers parallèle, à jamais irréconciliable avec le premier...

Dans les cinq États que je visite, la vaste majorité des gens portent des masques. Dans le sud conservateur, je ne m’attendais pas à en voir autant.

Là où j’en vois moins, c’est dans The Villages, une large communauté de retraités, en Floride. Paradoxal, dans la mesure où les aînés risquent davantage de mourir de la COVID-19.

« Au début, vous pouviez dire l’affiliation politique des gens juste à vous balader, dit Chris Stanley, présidente du club démocrate des Villages. Les démocrates portaient un masque, pas les républicains. Aujourd’hui, ça va mieux. Je vois beaucoup plus de masques qu’avant. »

Même les trumpistes purs et durs, semble-t-il, ont peu à peu décidé de se conformer à la règle. Question de survie...