Olivier Bourque CYBERPRESSE

Roland Smith ne fait jamais les choses comme les autres. Ainsi, à 66 ans, c’est à vélo qu’il se présente à l’entrevue avec LaPresseAffaires.com.

Sans blague?

«Oui, je l’ai laissé là-bas sur St-Antoine», dit-il, le sourire en coin, sûr de son effet.

Visiblement, il faut se lever de bonne heure pour suivre l’ami Roland. En milieu de semaine, il sera à Toronto pour rencontrer des distributeurs. Dimanche, il part pour le Festival de Cannes, encore là, pour signer des contrats et profiter de la synergie ambiante.

«C’est notre grand moment à chaque année, c’est un peu l’apothéose pour les distributeurs, les réalisateurs, les acteurs», dit-il.

Il se promet notamment de surveiller le dernier film d’Arnaud Desplechin qui s’intitule Un Conte de Noël. Le réalisateur français est un des favoris de Roland Smith – il avait acquis les droits au Québec du film précédent Rois et reine.

Mais ce qui étonne dans le parcours de Roland Smith, c’est sa capacité de faire fonctionner des projets un peu casse-cou. Prenez l’exemple du Cinéma du Parc, son dernier bébé qu’il a acheté en octobre 2006.

Pas grand monde ne donnait une véritable chance à ce projet alors que Daniel Langlois avait quitté le navire en piètre état. D’ailleurs, Roland Smith l’avoue, le cinéma situé dans le ghetto McGill avait une situation financière très difficile à son arrivée.

Une situation financière améliorée

Mais un an et demi plus tard, Roland Smith a fait taire ses détracteurs. Car la situation financière du cinéma s’est grandement améliorée.

En 2007, le chiffre d’affaires du Cinéma du Parc – qui est un organisme à but non-lucratif – a atteint 800 000 $. Ce qui représente l’équilibre… et fait sourire Roland Smith.

«Pour une première année, c’est très satisfaisant. Chez les salles indépendantes, ça représente environ la moyenne », dit-il.

Encore mieux, le Cinéma du Parc entrevoit une augmentation de ses revenus pour la prochaine année. Ceux-ci devraient atteindre 900 000 $. Dans deux ans, on touchera au chiffre magique du million… si tout va bien. Une vraie bonne performance pour une salle qui ne présente pas les Spiderman ou Iron Man de ce monde.

À l’évidence, la recette fonctionne. Et c’est grâce à la «méthode Roland Smith». Un mélange de proximité avec le cinéphile – il couche presque dans son cinéma – et une programmation qui dose bien le film répertoire grand public (genre There Will be Blood) et le film plus pointu (genre Do Communists have good Sex? un documentaire loufoque présenté la semaine dernière).

«Nous offrons également une programmation dans les deux langues. Avant, au Cinéma du Parc c’était unilingue anglais», avance Roland Smith.

Aussi – et c’est tout à l’honneur du propriétaire – on ouvre toutes grandes les portes pour les festivals de cinéma d’ailleurs et des projets universitaires.

«Pas de chicane, nous en avons pour tout le monde : regardez, il y a un festival de films israéliens mais un autre destiné aux Palestiniens», dit-il en blaguant.

On présente aussi des courts métrages, des séries documentaires et même un festival sur les droits de la personne. Pour Roland Smith, ce qui prime c’est la programmation.

«Un restaurateur doit se soucier de la nourriture des gens. C’est la même chose avec les propriétaires de salles, on doit assurer une programmation de qualité», dit-il.

Justement, en lien avec la programmation, Roland Smith a joué les Don Quichotte alors qu’il est sorti dans les médias, il y a quelques jours.

Il a dénoncé l’attitude de Cinéplex qui a retiré de son affiche des films de répertoire en guise de protestation contre leur sortie en région ou dans des salles parallèles. Pour lui, il s’agit d’un manque de respect envers le spectateur.

«Les propriétaires de salles de cinéma ne sont pas que des vendeurs de popcorn et de nachos!», s’emporte-t-il.

Les salles de cinéma, selon lui, doivent présenter autre chose que des films hollywoodiens. Une autre révolte par Roland Smith qui avoue que «le public a toujours raison».

Mais son dada, à l’heure actuelle, c’est aussi d’inculquer ce qu’il a appris à une nouvelle génération.

«J’entraîne des jeunes qui vont prendre ma place. Là je fais référence à mes deux employés, Caroline et Jean-François», dit-il.

Bon mentor, en effet.

Avec Marie-Anne Paradis