Alain Martineau LA PRESSE CANADIENNE

Même si son dernier film a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, le réalisateur québécois Denis Côté ne se laisse guère impressionné face à l'effervescence de la Croisette, estimant être un «peu excité» mais pas du tout nerveux.
Ce réalisateur montréalais d'origine acadienne, âgé de 35 ans, qui revient tout juste d'un voyage en Corée du Sud, est un «habitué» des festivals.


Ses trois films en banque avant «Carcasses», son dernier long métrage qui sera du grand rendez-vous cannois, se sont retrouvés dans une trentaine de festivals (raflant deux prix jusqu'ici) et Cannes s'ajoute à sa longue liste.

«Depuis quatre ans, j'ai fait les plus petits comme les plus gros festivals, a affirmé Côté en entrevue à La Presse Canadienne dans un café montréalais. Je suis un peu excité mais la nervosité n'est pas là. Cannes est une marche de plus, intéressante oui, mais je suis dans une sorte de terrain connu», a-t-il reconnu.

Le cinéaste  tient avant tout à garder les deux pieds sur terre. «Il ne faut pas se conter de «menteries'. Mon film va sortir sur deux écrans au Québec (...) Cannes n'est toujours pas synonyme de grand succès», a-t-il fait remarquer, comme pour atténuer les attentes.

Son film, qui mélange documentaire et fiction sera présenté dans la catégorie où se trouvent aussi deux autres films québécois, «Polytechnique» de Denis Villeneuve, et «J'ai Tué Ma Mère», de Xavier Dolan, une recrue en cinéma.

«Je n'aimerais pas être dans la situation du pauvre Xavier Dolan, a soutenu Côté. A 20 ans, il se montre en public pour la première fois à Cannes, avec son film. Ca doit «shaker» de même. Je n'ai pas cette nervosité. Je connais beaucoup de monde dans le milieu et Cannes, c'est pour moi une belle excitation plutôt relaxe.»

Côté reconnaît que le Québec fait de bons coups avec ses films. «Pour le Québec, c'est spectaculaire, a-t-il souligné. Je ne suis pas le genre à me promener avec le drapeau québécois mais tant mieux pour nous. Je suis plus de la planète cinéma et je ne suis pas attiré par la concurrence pour gagner des prix. Je n'ai jamais été motivé pour ça. Pour moi, il n'y a pas d'animosité, ce n'est pas un combat de boxe contre d'autres Québécois. Ce sont des films différents. Non, ce sera très sain.»

Le  film de Denis Côté sortira le vendredi 29 mai au Cinéma Parallèle à Montréal et au Clap à Québec.

Cet habitué des films «en marge de la société» nous présente un certain Jean-Paul Colmor qui engrange des carcasses d'automobiles sur son terrain, perdu dans un coin tranquille de la Montérégie.

Ce recycleur et vendeur de pièces automobiles usagées est un original. Il aime son «job», il est heureux quand il «classe» ses vieux morceaux, encore bons, et valant souvent plus qu'une poignée de dollars. Mais, se greffe à l'histoire, l'arrivée de jeunes atteints de trisomie 21 qui veulent «investir» l'emplacement.

«C'est un film sur un lieu, pas sur un monsieur, un lieu rempli de mémoire», a averti Côté, en parlant du gardien de ce qu'on appelait autrefois une «cour à «scrap'».

«La deuxième partie du film est mon caprice personnel, qui verse dans la fiction», a signalé le jeune cinéaste.

«Ces gens convoitent un lieu comme celui-là. Je voulais capter l'âme d'un lieu pas un portrait de Jean-Paul Colmor qui ramasse des cochonneries et carcasses d'autos. Ce n'est pas un historique, c'est un regard poétique sur un lieu», de préciser Côté.

Le cinéaste a trouvé l'endroit alors qu'il tournait un film avec des Bulgares en 2006, à Saint-Amable, sur la rive sud de Montréal, endroit devenu célèbre à la suite d'un spectaculaire incendie dans un dépôt de pneus usagés.

«Au départ, sur papier, je trouvais intéressant de voir un ermite, une personne qui se retire de la société pour vivre en marge. J'ai voulu opposer à ça un quatuor, des jeunes  atteints de Trisomie 21 qui représentent des gens que nous même on sort de la société, que l'on ostracise et met de côté.  Comme arguments poétiques, je voulais réunir tout ce monde, sans loi, en marge de tout et où tout le monde est heureux», a expliqué Côté.

L'homme, qui était chroniqueur cinéma pour l'hebdomadaire Ici il y a quelques années, a cependant admis que le résultat final, à l'écran, ressemble à «un gros caprice».

Film personnel donc, sujet pointu, c'est le point de départ des films du cinéaste qui doute que son quatrième  long métrage prenne le sentier des salles de cinéma en réseau.

Mais des distributeurs internationaux à New York se sont montrés intéressés à ce film. «Ils sont confiants de le vendre ailleurs mais moi je suis un peu sceptique, on n'est jamais si ambitieux pour nos affaires. Je vais les voir à Cannes. On verra ce que ce donnera» a relaté Côté.

Denis Côté se dit bien dans le siège de cinéaste indépendant. Mais il y a un revers à la médaille.

«Il y en a qui vont saluer mon intégrité mais d'autres souhaitent que mes films soient vus par le plus de monde possible. Je suis un peu déchiré là-dedans», a t-il déploré.

Côté planche présentement sur «Curling» avec Emmanuel Bilodeau comme acteur principal.
L'histoire est celle d'un père qui garde sa fille de 10 ans à la maison, question de l'éloigner d'une société qui lui fait peur. Mais chacun garde de son côté un grand secret.
Une autre belle histoire «marginale» comme Côté les aime.