José Maria Riba AGENCE FRANCE-PRESSE

Le réalisateur espagnol Alejandro Amenabar a transporté le Festival de Cannes en Egypte au Ve siècle après J.-C., avec Agora,  un péplum sur l'extrémisme religieux et un chant à la tolérance, avec Rachel Weisz dans le rôle d'une philosophe martyre.

Le film dont l'action se passe à Alexandrie aux derniers temps de l'Empire romain, met en scène la lutte sanglante entre païens et juifs contre les chrétiens qui prennent peu à peu le pouvoir en Méditerranée.

Amenabar, 37 ans, évoque cette période tourmentée, où l'ancien équilibre des forces entre communautés religieuses est rompu, à travers l'histoire peu connue de la philosophe Hypatia.

Egalement astronome, les recherches de la jeune femme sur le système solaire l'ont opposée à l'Eglise, 1.000 ans avant Galilée. Interprétée par l'actrice britannique Rachel Weisz, Hypatia, seule femme dans un monde d'hommes, est persécutée parce que ses recherches scientifiques remettent en cause la foi chrétienne.

La ville sombre dans les affrontements sanglants interreligieux, les lapidations et les massacres. Les chrétiens, vainqueurs, en finissent avec le riche héritage de l'Antiquité, que défend Hypatia.

Dans une interview à l'AFP, le réalisateur dit qu'il voulait que cette superproduction tournée à Malte, au budget de 50 millions d'euros, soit un message contre l'intolérance et l'extrémisme. «Chacun défend tout le temps ses idées en utilisant la violence, c'est ce que le film dénonce», dit-il.

Les rues sont parcourues de bandes de fanatiques, des extrémistes religieux appelés les «Parabalani», qui terrorisent la population. «Au début, les Parabalani étaient là pour aider et secourir les gens. Puis ils sont devenus une milice», dit le réalisateur.

«Je détesterais que tout le monde pense comme moi. Il doit y avoir des gens de progrès, d'autres plus conservateurs, des gens religieux, athées, etc. Il faut qu'on apprenne à vivre ensemble dans cette +Agora+», du nom de la place publique où se réunissaient les citoyens dans l'Antiquité, dit-il.

«Agora» démarre avec la destruction de la deuxième bibliothèque d'Alexandrie par les chrétiens et les juifs. La première, prestigieuse, l'avait été par Jules César.

Pour le cinéaste, le film est également une parabole sur la crise de la civilisation occidentale. «C'est comme si l'Empire romain était les Etats-Unis d'aujourd'hui, et Alexandrie la vieille Europe, la civilisation, la culture anciennes. L'empire est en crise, et quelque chose ne va plus au niveau social, économique ou culturel».

«On sait que quelque chose va changer, on ne sait pas exactement quoi et comment, mais on sait que quelque chose va s'achever», poursuit-il.

Le film, projeté hors compétition, est radicalement différent du précédent opus d'Amenabar, «Mar Adentro», sur le droit de mourir, récipiendaire d'un Oscar (Meilleur film étranger) en 2004.

Dans ce film tourné en anglais, Rachel Weisz (Oscar du meilleure second rôle féminin 2006 pour «La Constance du Jardinier») réalise une performance bien supérieure à celle du reste de la distribution, dans laquelle figure notamment Max Minghella, le fils du cinéaste Anthony Mingella.

Amenabar préfère d'ordinaire être en compétition, mais le genre de «Agora» ne «collait pas» avec le style de film qui concourt pour la Palme d'or, dit-il.