Bien entendu, le psaume mis en musique par Mozart ponctuant l’entrée en matière de cette comédie satirique est trompeur. Tout comme l’est le cadre enchanteur dans lequel se déroule cette comédie satirique, écrite et réalisée par Louis Godbout.

Publié le 12 août

PHOTO LAURENCE GRANDBOIS BERNARD, FOURNIE PAR K FILMS AMÉRIQUE.

Christine Beaulieu et Benoît Gouin dans Les tricheurs, de Louis Godbout

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Les tricheurs, comme son titre l’indique, n’aura à l’arrivée plus grand-chose à voir avec le plaisir de jouer dans la sérénité et l’harmonie une ronde de golf entre amis par un bel après-midi d’été.

Ce deuxième long métrage de Louis Godbout (Mont Foster), connu aussi à titre de scénariste (Coda, Une révision), se distingue ainsi par son originalité, de même que par le type d’humour très particulier dont use le cinéaste. Son observation du genre humain, plutôt cynique, se révèle assez fine, d’autant qu’en plus des interactions entre les personnages, le récit est également nourri par les nombreux gags disséminés dans le décor.

Au départ, ils sont trois à commencer leur ronde de golf : Hubert (Benoît Gouin), psychiatre de formation, sa conjointe Florence (Christine Beaulieu), qui enseigne le yoga à des personnes âgées, et André (Steve Laplante), ami intime du couple, aux prises avec un mal de vivre chronique. Ce dernier est aussi le partenaire d’affaires d’Hubert et dirige avec son ami les destinées d’une résidence privée pour aînés.

Sur ce terrain de golf où chacun des 18 trous est annoncé par une pensée du genre « Tu es le ciel, tout le reste n’est que météo », la quiétude du trio est vite perturbée par la présence d’un golfeur solitaire inconnu dont les balles aboutissent toujours dangereusement vers eux. Par accident ? Cela reste à voir.

Vers un jeu de massacre

Avec ses allures de mâle alpha, Michel (Alexandre Goyette) séduit et inquiète à la fois. Aussi Florence ne tarde-t-elle pas à l’inviter à se joindre au trio pour le reste de la ronde. Le groupe n’en étant alors qu’au troisième trou, le scénariste a ainsi l’heur de construire un récit qui, on le pressent bien, se dirige progressivement vers un jeu de massacre. On apprend en effet rapidement que la mère de Michel a été l’une des locataires de la résidence que gèrent ses nouveaux compagnons de jeu…

Louis Godbout utilise le décorum entourant la pratique de ce sport d’élite pour tourner quelques-uns de ses éléments en dérision : le code vestimentaire, la voiturette, le surveillant zélé (Sébastien René arbore un costume bavarois !), les règlements très stricts que les joueurs n’ont évidemment de cesse de transgresser allègrement.

Mais au-delà de l’humour satirique découlant de tout ce qui entoure le golf, Les tricheurs se démarque grâce à ses dialogues bien trempés, à travers lesquels sont abordés plusieurs thèmes sociaux. Dans ce « huis clos à ciel ouvert » (ainsi que le décrit le cinéaste), les masques tombent au fil de discussions portant sur la diversité, le traitement réservé aux aînés, les relations amoureuses. Bref, on nous propose ici un regard acidulé sur la nature humaine et ses zones d’ombre. La réussite de ce film assez niché est également due aux formidables comédiens, qui modulent avec subtilité les nuances d’une partition singulière.

« C’est ça, la vie : un beau grand fleuve de bullshit », déclare Hubert. Les tricheurs s’efforce d’en faire l’illustration avec éloquence. Et humour.

Les tricheurs

Comédie satirique

Les tricheurs

Louis Godbout

Avec Christine Beaulieu, Benoît Gouin, Steve Laplante

1 h 30
En salle

7/10