Face aux monocultures, à la déforestation et à la perte de biodiversité, des producteurs pratiquent une agriculture régénératrice. Humus présente l’approche d’un couple de maraîchers de la Montérégie qui veut établir un nouveau rapport avec le vivant.

Publié le 20 mai
Valérie Simard
Valérie Simard La Presse

Humus s’ouvre sur le chant du goglu. François D’Aoust s’émerveille de l’entendre sur ses terres. Désigné comme espèce menacée, le goglu des prés est un oiseau rare. Et s’il a choisi de faire son nid à la ferme Les Bontés de la Vallée, c’est un signe de la biodiversité qui s’y trouve. Avec sa conjointe, Mélina Plante, qu’il a rencontrée alors qu’elle était abonnée à ses paniers bios, François D’Aoust s’en remet aux grands principes de la nature pour cultiver ses fruits et légumes.

Habituée à dénoncer, la documentariste Carole Poliquin s’éloigne avec ce film du style qu’on lui connaît. Si Humus dénonce certes l’appauvrissement des sols et le système productiviste qui caractérise l’agriculture industrielle, c’est seulement pour mieux faire place à la voie des solutions, une approche qui gagne du terrain dans le discours environnementaliste.

Alors que sur les terres avoisinantes, les champs sont labourés sur de grandes surfaces, sur cette ferme biologique, les oiseaux chantent, le castor nage, les grenouilles sautent et les insectes travaillent le sol. La réalisatrice Carole Poliquin et le directeur photo Geoffroy Beauchemin le montrent magnifiquement bien avec des plans tout en contrastes : des vues en macro exceptionnelles nous offrent un coup d’œil rare sur la vie des insectes, alors que des plans d’ensemble très graphiques, filmés à l’aide d’un drone, témoignent de la relative petitesse des 16 hectares des Bontés de la Vallée.

En faisant reposer son film essentiellement sur un seul couple d’agriculteurs, et sur François D’Aoust surtout, la cinéaste a misé gros. Malgré sa dégaine d’acteur, on met du temps à connecter avec lui et, bien que l’approche du film ne soit pas didactique, on se perd parfois dans ses explications, surtout dans la première moitié du film.

Mais le maraîcher finit par prendre de l’assurance devant la caméra et nous, à nous attacher à ce personnage authentique, un combattant qui connaît ses moments de vulnérabilité et qui porte un amour réel à la nature. Agenouillé dans son champ, il nous offre de touchants moments d’émotion.

Le film traîne avec lui quelques longueurs qu’on sent moins sur grand écran, terrain plus propice à se laisser bercer par la poésie des images, la nature, la musique traditionnelle, le son des oiseaux ou celui de la limace qui glisse sur une feuille. On en sort avec l’envie de mettre nous aussi la main à la terre.

Une projection spéciale aura lieu ce vendredi à 19 h au Cinéma Beaubien en présence de François D’Aoust, Mélina Plante et Carole Poliquin. Une ciné-rencontre aura lieu avec la cinéaste au cinéma Le Clap, à Québec, le 21 mai ainsi qu’avec les maraîchers, à La Maison du Cinéma, à Sherbrooke, le 22 mai.

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Humus

Documentaire

Humus

Carole Poliquin

Avec François D’Aoust et Mélina Plante

94 minutes
En salle

½