Quel aurait été ce film sans Sam Raimi ? Car, au départ, ce n’est pas lui qui devait occuper la chaise du réalisateur de Doctor Strange in the Multiverse of Madness.

Publié le 6 mai
Pascal LeBlanc
Pascal LeBlanc La Presse

Scott Derrickson devait reprendre où il avait laissé après le premier volet, mais des « différends créatifs » en ont décidé autrement. Avant son départ, les studios Marvel avaient annoncé qu’il y aurait des éléments d’horreur dans la suite de Doctor Strange. Le mariage semblait heureux, Derrickson étant un spécialiste du genre (The Exorcism of Emily Rose, Sinister). Heureux, mais pas parfait, car qui de mieux que celui qui a révolutionné le genre superhéros avec la première trilogie Spider-Man et qui est aussi maître de l’horreur comique/fantastique (les films Evil Dead, Drag Me To Hell) ?

Plusieurs craignaient toutefois que la grosse machine Marvel empêche Sam Raimi d’exprimer son style si particulier. Rassurez-vous, Multiverse of Madness porte sa signature, surtout la deuxième moitié du film : gros monstres menaçants, petits esprits agaçants, héros ensanglantés, cadavres défigurés, morts violentes, lieux sinistres, moments de suspense. Le tout appuyé par les compositions du grand Danny Elfman – le combat de magie musicale est exquis.

Les deux heures que dure le long métrage défilent à toute allure. Le rythme est effréné, mais tout de même agréable. On passe de l’action intense aux situations anxiogènes sans heurts grâce entre autres à des pauses de quelques secondes où l’on voit les personnages se déplacer lentement ou observer l’instant. Simple mais efficace.

PHOTO JAY MAIDMENT, FOURNIE PAR MARVEL STUDIOS

Xochitl Gomez incarne America Chavez, qui possède le pouvoir de voyager dans le multivers.

Là où ça va trop vite, c’est dans les pages du scénario de Michael Waldron (Loki, Rick and Morty). Le multivers, c’est compliqué. Même si le mot est répété de nombreuses fois, ça ne le clarifie pas pour autant. Certains personnages ou scènes n’ont pas vraiment d’autre utilité que d’expliquer – rapidement – des concepts. Simple et paresseux.

Jouons ce rôle pédagogique un instant : dans l’Univers cinématographique Marvel (MCU), il existe des univers parallèles dans lesquels existent d’autres versions de chacun des personnages. La nouvelle venue America Chavez (rafraîchissante Xochitl Gomez) possède le pouvoir de voyager d’un univers à l’autre. Celui-ci est convoité par des forces malveillantes. Poursuivie par une sorte de pieuvre cyclope, elle débarque dans l’univers que nous avons vu jusqu’ici dans le MCU. Le DStephen Strange (Benedict Cumberbatch), grand sorcier qui a aidé à vaincre Thanos dans Avengers – Endgame, sauve la jeune America et assure qu’il la protégera. Pour y arriver et en savoir davantage sur le multivers, il demande à Wanda Maximoff (Elizabeth Olsen), une autre Avenger, de l’aider.

Duo magique

Cette dernière vole la vedette chaque fois qu’elle est à l’écran. Maintenant que Wanda embrasse entièrement ses pouvoirs de Scarlet Witch, le personnage s’affirme davantage et Elizabeth Olsen occupe magistralement tout l’espace qu’on lui accorde. La presque totalité de l’émotion du film passe par ses yeux. Impressionnant.

Benedict Cumberbatch n’est pas en reste. Son charisme et sa sensibilité permettent de croire en l’omnipotence de Doctor Strange, sans lui enlever sa vulnérabilité. La qualité de son jeu est également mise en évidence lorsque différentes versions du sorcier se rencontrent dans le multivers. On aurait d’ailleurs aimé en voir davantage.

Payant pour les fans

Depuis que les histoires des superhéros de Marvel se poursuivent dans des séries diffusées sur Disney+, le casse-tête du MCU, qui était déjà énorme, est devenu gigantesque. Pour les fans, c’est du bonbon. Pour l’amateur moyen, ça commence à être difficile à suivre. Idéalement, avant de voir Multiverse of Madness, il serait préférable de regarder le premier Doctor Strange, Captain America – Civil War, les trois derniers Avengers, Spider-Man – No Way Home puis les séries WandaVision, Loki et What If… ?. Rien que ça. Mais si vous êtes à jour, la scène où l’on présente les membres de l’Illuminati vous fera un énorme plaisir.

Il est tout de même possible de passer un bon moment sans avoir tout vu. La plus grande lacune du récit est la simplification des motivations des personnages. On comprend que celles-ci se sont bâties au fil des œuvres précédentes et qu’il est impossible de les expliquer entièrement dans l’espace d’un seul film. Toutefois, répéter sans cesse les mêmes raisons est un mécanisme faible qui ne parvient pas à nous émouvoir. Bref, essayez de trouver le temps de regarder au moins WandaVision.

À l’affiche

Consultez l’horaire du film
Doctor Strange in the Multiverse of Madness 
(V. F. : Docteur Strange dans le multivers de la folie)

Film de superhéros

Doctor Strange in the Multiverse of Madness
(V. F. : Docteur Strange dans le multivers de la folie
)

Sam Raimi

Avec Benedict Cumberbatch, Elizabeth Olsen, Xochitl Gomez

2 h 06