En plein hiver, des gens vont et viennent au comptoir des objets perdus de la Société de transport de Montréal. Ils cherchent une mitaine, une tuque, des clés, un cartable, un sac à main et autres objets perdus. Cette quête matérielle renvoie à celle, plus spirituelle, de la perte comme du désir de retrouver un amour, un être cher, une période de sa vie…

Publié le 10 déc. 2021
André Duchesne
André Duchesne La Presse

La plus belle qualité de ce long métrage documentaire de Jean-François Lesage est d’être allé au-devant d’une situation caractérisée par son anonymat pour en faire un sujet d’une profonde humanité.

Qui y a-t-il en effet de plus anonyme qu’un déplacement dans les transports en commun ? On enfile nos écouteurs, on baisse les yeux, on entre dans notre bulle.

Or, au comptoir des objets perdus, le côté humain reprend ses droits. On s’anime, on s’agite. Le voyageur arrive avec une émotion, une crainte, un espoir, peut-être un désespoir. Son visage s’illumine si l’objet perdu y a été rapporté. Certains vont même faire un bref historique de celui-ci.

M. Lesage y a vu un sujet. Avec l’autorisation de la STM, il a installé une caméra à l’intérieur du comptoir des objets perdus. Les demandeurs sont filmés de face. Les employés de dos, mais leur voix sont très clairement entendues.

Une fois la scène tournée, le cinéaste est allé voir ses « sujets » pour leur demander s’ils aimeraient poursuivre la conversation et explorer l’idée de la perte et le désir de retrouver un moment de son passé. Ceux qui ont accepté ont ouvert leur cœur comme on le voit rarement. Le résultat est tout simplement fascinant.

Entre réflexions et confessions, entre rires et larmes, entre chants, paroles et silences, ces inconnus deviennent comme des parents, des amis, avec qui on partage notre table. De l’autre côté de l’écran, le spectateur a le sentiment de faire partie de la conversation.

Tourné en noir et blanc, un geste qui permet d’accentuer chaque propos, le film s’accompagne de plans de coupes tournés de nuit en plein hiver. M. Lesage a montré son amour de Montréal dans deux de ses films précédents, Conte du Mile End et Un amour d’été. Mais cette fois, il s’est surpassé. Il évoque la puissance silencieuse de l’hiver québécois avec une maîtrise forçant l’admiration. On ne peut s’empêcher en voyant ces images de se rappeler le film La vie heureuse de Léopold Z de Gilles Carle.

Entre un air de jazz classique en ouverture, une chorale formée par plusieurs acteurs du film et la pièce La fête triste du groupe de cold wave français Trisomie 21 en fin de parcours, le choix musical est tout aussi percutant.

Poétique sans être empesé, allant droit au cœur sans être appuyé, réconfortant sans être larmoyant, Prière pour une mitaine perdue est un film singulier qui fait du bien.

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Prière pour une mitaine perdue

Documentaire

Prière pour une mitaine perdue

Jean-François Lesage

Avec des dizaines d’usagers de la Société de transport de Montréal

1 h 19