Lauréat du très convoité Prix du public au festival de Toronto, Belfast fait maintenant partie des favoris en vue de la prochaine saison des récompenses et pourrait bien tirer son épingle du jeu à la soirée des Oscars. Il est vrai que ce nouveau long métrage de Kenneth Branagh, puisé à même les souvenirs d’enfance du scénariste et cinéaste, est attachant à plus d’un titre. La trop mince mise en contexte sociale et politique risque cependant de perdre des spectateurs en cours de route.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Même s’il ne s’agit pas du même conflit armé, on pourra facilement établir un lien entre Belfast et Hope and Glory, célèbre film de John Boorman dans lequel un gamin anglais découvrait les joies de la vie alors que la Seconde Guerre mondiale faisait rage autour de lui. Kenneth Branagh, aussi célébré comme acteur, a commencé sa carrière de cinéaste en adaptant Shakespeare (Henry V) et a ensuite suivi un parcours éclectique qui l’a mené en outre vers l’univers d’Agatha Christie (Le crime de l’Orient Express ; Mort sur le Nil est attendu en 2022) tout autant que vers celui de Charles Perreault (Cendrillon) et des superhéros de Marvel (Thor). À 60 ans, il propose aujourd’hui son film le plus personnel, sorte d’hommage à sa ville natale et aux gens qui l’habitent, coincés pendant deux décennies dans un conflit civil marqué par de violents attentats.

Campé en 1969, au moment où les tensions sociales entre catholiques et protestants s’aggravent en Irlande du Nord, le récit décrit le parcours de Buddy (Jude Hill, formidable), un jeune garçon de 9 ans (le même âge qu’avait Branagh à l’époque) et de sa famille. Tourné principalement en noir et blanc, Belfast relate ainsi, à travers les yeux d’un enfant, un conflit au centre duquel se trouve cette famille protestante, qui habite un quartier où vivent également des catholiques. Les tensions sont vives au point où le père (Jamie Dornan, nord-irlandais d’origine lui aussi), appelé pour le travail à traverser souvent en Grande-Bretagne, songe à entraîner là-bas les siens avec lui.

Une question d’enracinement

Or, et c’est là l’une des qualités du scénario de Kenneth Branagh, l’attachement des protagonistes à leur coin de pays est très bien évoqué, notamment grâce à la solidité des liens familiaux. Le couple de grands-parents (magnifiques Judi Dench et Ciarán Hinds) incarne justement cette volonté de continuité, malgré les écueils. Ce couple vieillissant est d’ailleurs dépeint avec beaucoup d’affection. Le personnage de la mère (Caitríona Balfe), femme bien enracinée à qui il ne viendra pas à l’esprit non plus d’aller s’installer ailleurs, est aussi très solide. Il convient d’ailleurs de souligner la qualité d’ensemble d’une distribution de toute première classe.

PHOTO FOURNIE PAR UNIVERSAL PICTURES CANADA

Caitríona Balfe et Jamie Dornan dans Belfast, un film dont Kenneth Branagh signe le scénario et la réalisation.

Parsemé de quelques scènes puissantes, d’autres plus étonnantes (la scène chantée et dansée entre les parents est très belle, mais survient de façon plutôt inopinée), Belfast souffre néanmoins d’une absence de vision plus large.

On aurait pu mieux expliquer les tenants et aboutissants d’un chapitre de l’histoire de l’Irlande du Nord qui risque d’échapper à la compréhension du public international.

Aussi, une mise en garde s’impose. À moins que vous ayez l’oreille vraiment bien exercée à l’accent irlandais, il est impératif de voir ce long métrage en version française. Malheureusement, Belfast n’est pas offert en version originale sous-titrée au Québec.

En salle

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Belfast

Drame

Belfast

Kenneth Branagh

Avec Caitríona Balfe, Jamie Dornan, Jude Hill

1 h 38