L’exploration de l’univers de Marvel au cinéma se poursuit avec la sortie d’Eternals. Deux de nos critiques cinéma, un fan de superproductions amateur du genre et un amateur de films d’auteur intrigué par le phénomène, ont vu le film réalisé par Chloé Zhao, lauréate de l’Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisation pour Nomadland plus tôt cette année. Voici leurs verdicts.

Une expérience peu convaincante ★★★

André Duchesne
André Duchesne La Presse

À ce jour, les films de la franchise Marvel ne font pas partie de ceux que nous inscrivons, surlignons et encerclons avec excitation dans notre agenda cinéma, déjà fort chargé. Et ça ne changera pas après avoir vu Eternals.

Au quotidien, notre intérêt est nettement plus tourné vers les films indépendants. Mais après avoir été soufflé, il y a six mois, par le visionnement de Nomadland, nous avions envie de voir ce que la cinéaste Chloé Zhao ferait dans cet impromptu carré de sable.

Après tout, elle n’est pas la première réalisatrice à s’aventurer, sans jeu de mots ici, dans des zones éloignées de sa cinématographie passée pour aller vers l’action pure et dure. Quand on sait ce que Sam Mendes avait réussi à faire avec Skyfall, tous les espoirs étaient permis !

Déception

Hélas, Eternals, en dépit de plusieurs bonnes pistes, ne nous a pas paru concluant.

Le film s’inscrit tout au plus dans cette large catégorie d’œuvres qui nous auront gentiment tenu en haleine durant un bon moment. Mais il n’a pas réussi à nous chavirer pour une ou des raisons tant scénaristiques, philosophiques que de mises en scène.

En fait, même la direction photo et la direction artistique nous ont laissé sur la touche. Cela en dit long sur le fait que les traces laissées par le film dans notre esprit sont sujettes à une disparition prochaine.

PHOTO DE MARVEL STUDIOS PAR ASSOCIATED PRESS

Gemma Chan dans Eternals

Reconnaissons quelques bons côtés à l’œuvre. L’emploi de la pièce Time, de Pink Floyd, pour introduire cette histoire qui parlera autant d’éternité que de la vie éphémère de nous, pauvres Terriens, est une magnifique idée. Parce que l’histoire joue beaucoup sur ce rapport au temps.

Vitaminée, la distribution tous azimuts se veut par ailleurs une manifestation claire d’un souci de diversité à l’écran. Pas seulement une diversité des acteurs, mais aussi celle des personnages. Les héros, ici, sont posés. Ils ont des failles, ils se questionnent. Ils sont même animés d’une certaine compassion. Comme le dit le personnage de Thena (Angelina Jolie), « quand tu aimes quelque chose, tu le protèges ». Bref, ils ont des valeurs humaines et chaque spectateur pourra sans doute se reconnaître dans l’un ou l’autre de ces héros.

Un petit clin d’œil aux changements climatiques avec ça ? Bien sûr ! Sans rien divulgâcher ici, disons que si les Déviants se manifestent soudainement, c’est entre autres parce que les Terriens n’ont pas assez soigné la planète. C’est fou ce que les changements climatiques peuvent avoir comme effets néfastes.

Dialogues faibles

Ailleurs, malheureusement, c’est maigre. Les scènes de transition entre deux bonnes bagarres, là où les héros ont le temps de dialoguer un peu, nous ont laissé de glace. Il ne se passe strictement rien. Les dialogues sont creux. On lève les yeux au ciel. On se surprend à taper du pied, et ce n’est pas parce qu’une chanson de Lizzo ou de BTS joue en arrière-plan.

En plus, le jeu des comédiens n’a pas particulièrement retenu notre attention. C’est pourtant par eux que passe le message humaniste du film. On s’attendait à une certaine poésie, mais elle n’est pas venue.

Par ailleurs, Chloé Zhao n’aime pas beaucoup travailler sur écran vert et avait envie de proposer un environnement immersif et des décors en plans larges pour mieux mettre en valeur les Éternels. On se bat donc dans la forêt, en bord de mer, dans le désert. Etc. Fort bien. Mais — et cela est bien personnel – on s’est ennuyé d’avoir un tissu urbain densifié par tous ses éléments hétéroclites (édifices, véhicules, ponts, etc.), une formidable arène propice aux affrontements.

Fascinants et magnifiques Éternels ★★★★

Pascal LeBlanc
Pascal LeBlanc La Presse

« C’était bon, mais il y avait des longueurs. » Ce reproche est souvent entendu à la sortie du cinéma. Plus la durée d’une œuvre est grande, plus elle s’expose à cette critique. Dans le cas d’Eternals, nous sommes fort heureux que Chloé Zhao ait décidé de prendre son temps pour raconter l’histoire complexe des Éternels, des Déviants, des Célestes, et, d’une certaine façon, de l’humanité.

Après tout, celle-ci se déroule sur des millénaires.

Pour résumer, les Célestes — genre de géants cosmiques — sont les créateurs des galaxies ainsi que des êtres qui les peuplent. Les évènements racontés ici ont lieu sur Terre où les Éternels et les Déviants, aussi créations des Célestes, s’affrontent depuis des milliers d’années. Les Éternels, dotés de vastes pouvoirs, ont pour mission de protéger les humains des Déviants, mais ne doivent pas intervenir dans leurs conflits — ce qui explique leur absence dans l’affrontement contre Thanos, car oui, il s’agit d’un film de l’Univers cinématographique Marvel (MCU). Toutefois, Sersi (Gemma Chan), qui peut transformer la matière, et Phastos (Brian Tyree Henry), capable de construire toute technologie de ses mains nues, aident les hommes à se développer en société.

PHOTO DE MARVEL STUDIOS PAR ASSOCIATED PRESS

Gemma Chan dans Eternals

Grandiose et intime

Ensemble, ils sont 10 êtres surpuissants presque infaillibles. Mais au fil des siècles, l’amour, la jalousie et plusieurs autres sentiments créent des tensions au sein du groupe. Les échanges entre Éternels sont intelligents, sincères et bien rendus par une impressionnante distribution. Les personnages créés par Jack Kirby gagnent en richesse et en profondeur grâce à la brillante plume des scénaristes Patrick Burleigh, Ryan et Kaz Firpo, puis Chloé Zhao.

PHOTO DE MARVEL STUDIOS PAR ASSOCIATED PRESS

Kumail Nanjiani, Lia McHugh, Gemma Chan, Richard Madden, Angelina Jolie et Don Lee dans une scène d’Eternals

Les images tournées par cette dernière sont d’une grande beauté. La réalisatrice a souligné en entrevue qu’il était important pour elle de tourner à l’extérieur davantage qu’en studio.

Les différents écosystèmes de notre planète — désert, ville, forêt, plage — sont ainsi mis en valeur. Par des plans larges et une caméra contemplative, on sent que Chloé Zhao désire nous rappeler à quel point notre monde est vaste et ancien.

Elle en profite également pour intégrer un commentaire écologique. Par contraste, la cinéaste chinoise de 39 ans resserre le cadre pour les dialogues afin de « voir » les choses imperceptibles qui nous unissent. De plus, elle aborde des thèmes qui lui sont chers telles la vulnérabilité, la maladie mentale et la solitude.

Des oublis

On retrouve bien quelques scènes d’action, mais elles ne se démarquent pas réellement. En fait, c’est surtout en raison des forces en présence. Les Éternels « guerriers » ont des pouvoirs relativement classiques : vol, force, rapidité, projection de faisceaux d’énergie — les armes générées par Thena (Angelina Jolie) sont toutefois originales. Les Déviants, eux, sont de grosses bêtes assez génériques. Ils semblent aussi avoir été oubliés au scénario. Leur rôle était peut-être mieux défini dans les premières ébauches, mais là, ils ne sont que des antagonistes anonymes.

PHOTO DE MARVEL STUDIOS PAR ASSOCIATED PRESS

Salma Hayek dans une scène d’Eternals

L’action un peu banale nuit légèrement au rythme, qui est en revanche ponctué par d’intéressants retours dans le temps qui expliquent à la fois l’évolution de l’humanité et celle des relations entre les Éternels. Car celles-ci demeurent au cœur du récit. L’histoire d’amour entre Sersi et Ikaris (Richard Madden) est bien écrite, mais l’amitié entre Makkari (Lauren Ridloff) et Druig (Barry Keoghan) est tout aussi belle. La répartie de Kingo (Kumail Nanjiani) et le sarcasme de Sprite (Lia McHugh) font sourire. La sagesse d’Ajak (Salma Hayek) et le grand cœur de Gilgamesh (Don Lee) font du bien. La grande diversité des personnages et de leurs interprètes — ainsi que leurs magnifiques costumes — est sans contredit la plus grande force d’Eternals.

Et Dane Whitman (Kit Harington) ? Il ne devrait pas rester « l’humain de service » trop longtemps…

En salle

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Eternals

Fantastique

Eternals

Chloé Zhao

Avec Gemma Chan, Richard Madden et Angelina Jolie

2 h 37