Ce deuxième long métrage d’Ivan Grbovic commence sous le signe du feu. Une voiture qu’un incendie consume roule sur une route dans un désert au Mexique. Avec cette image puissante, un brin surréaliste, le ton est donné. On plonge alors immédiatement dans une ambiance à la fois intrigante, trouble et poétique.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

On y fait la rencontre de Willy (Jorge Antonio Guerrero), un jeune homme qui a eu la mauvaise idée – ou la bonne idée, c’est selon – de tomber amoureux de Marlena (Yoshira Escárrega), la compagne d’un baron de la drogue. Il appert pourtant que, contre toute attente, l’homme de main chargé de le poursuivre lui laisse la vie sauve en lui suggérant de disparaître. Partir chacun de son côté sans laisser de traces faisait d’ailleurs déjà partie du plan des deux amants, sans savoir si le destin pourrait de nouveau les réunir un jour.

Entre le Mexique et le Québec, le récit, coécrit par Sara Mishara et le cinéaste, suit la quête de Willy à Montréal, où, croit-il, son amoureuse a trouvé refuge, tout autant que sa vie dans la ferme où il a été embauché à titre de travailleur saisonnier, comme plusieurs de ses compatriotes. Dirigée par Richard (Claude Legault) et Julie Bécotte (Hélène Florent), qui ont la réputation d’offrir à leurs employés temporaires des conditions de vie un peu plus décentes qu’ailleurs, cette ferme empruntera la forme d’un microcosme social où s’entrechoquent plusieurs aspects de la condition humaine.

PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS OPALE

Jorge Antonio Guerrero dans Les oiseaux ivres, film d’Ivan Grbovic

Maniant subtilement la part du songe et de la réalité, sans jamais rien souligner à gros traits, Ivan Grbovic propose un portrait vibrant, où chacun des personnages plonge dans ses zones d’ombre, particulièrement les trois membres de la famille Bécotte.

Même s’ils se réfugient souvent dans le silence afin de ne rien évoquer de ce qui fait trop mal, on sent bien que leur vie n’est quand même plus la même. Pendant que Richard et Julie ont visiblement pris de la distance, leur fille adolescente (Marine Johnson) exprime sa rébellion d’une façon qui aura un impact sur la vie de Willy.

Un moment de cinéma d’une très grande richesse

La première partie de ce film aux images sublimes module des atmosphères plus feutrées, mais le dernier acte, très dramatique, témoigne qu’il suffit parfois d’une seule étincelle pour tout faire exploser. Les oiseaux ivres (quel beau titre !) aborde ainsi le rapport à « l’autre » – et les vieux réflexes qui peuvent s’y rattacher –, mais tient quand même davantage du tableau impressionniste que du brûlot social. Grâce à l’exceptionnelle direction photo de Sara Mishara, Ivan Grbovic, dont le premier long métrage, Roméo Onze, s’était avantageusement fait remarquer il y a 10 ans, offre ici un moment de cinéma d’une très grande richesse.

S’appuyant par ailleurs sur la magnifique trame musicale de Philippe Brault, le cinéaste tire aussi de son quatuor d’acteurs des performances d’une très grande finesse. Notons plus particulièrement les compositions d’Hélène Florent, dont le jeu dépouillé s’harmonise parfaitement à la quête d’une femme n’arrivant pas à s’épanouir, et de Claude Legault, dans la peau d’un homme un peu dépassé par tout ce qui se passe dans sa vie familiale. Et autour.

Choisi pour représenter le Canada aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international, Les oiseaux ivres mérite pleinement cet honneur.

En salle

Les oiseaux ivres

Drame

Les oiseaux ivres

Ivan Grbovic

Avec Jorge Antonio Guerrero, Hélène Florent, Claude Legault

1 h 45

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