Au Nouveau-Brunswick, après des décennies de silence, de honte et de souffrance, des Acadiens dans la cinquantaine dévoilent les agressions sexuelles dont ils ont été victimes au cours de leur enfance et de leur adolescence. Des crimes commis par des membres du clergé catholique qui exerçaient un grand pouvoir sur la population.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

La plus belle chose à dire du documentaire Le silence est que les personnages principaux y ont pris la parole. À visage découvert. Avec candeur. Parfois en pleurant. Devant la caméra. Avec un courage devant lequel on doit s’incliner.

Agressés par des prêtres pédophiles, ces hommes s’étaient, pour la majorité, tus durant des décennies, souffrant en silence, mal à l’aise avec leur identité, manipulant le mensonge pour se protéger et avec ce terrible sentiment d’être seuls au monde.

Fruit d’un travail d’enquête minutieux et exemplaire, le documentaire de Renée Blanchar est percutant à plusieurs points de vue. Dont sa masse critique. L’autrice ne s’est pas contentée d’isoler quelques personnes pour qu’elles témoignent. Elle a pris soin d’illustrer l’ampleur, hallucinante (c’est le mot), des abus commis.

Elle dévoile aussi des extraits de documents qui font bien mal paraître l’Église et ses dirigeants. Le cas du père Lévi Noël, « déménagé » de force par ses supérieurs d’une paroisse à l’autre entre 1958 et 1981 parce qu’il a maintes fois été dénoncé, en est le meilleur (ou devrait-on dire le pire) exemple. Il s’en sortait avec des remontrances bénignes. La justice a fini par rattraper cet homme radié de l’Église et mort en 2016.

Mme Blanchar a par ailleurs construit une partie de son récit à l’aide de pistes laissées dans un de ses documentaires précédents, consacré aux ménagères des curés de paroisse. Un autre élément tout à son honneur.

Le spectateur qui a été choqué par ce qu’il a vu et entendu dans le film Spotlight de Tom McCarthy, fiction historique sur les prêtres agresseurs dans la région de Boston (Oscar du meilleur film en 2016), risque de l’être davantage ici. Car ce qui est raconté, dans un récit jamais appuyé ou forcé, est digne du film d’horreur.

Mais le document est aussi traversé par quelques lueurs salvatrices, un désir sincère pour plusieurs victimes de dire « c’est assez » et de se débarrasser de cette carapace de honte portée depuis trop longtemps. C’est le cas, par exemple, lorsque plusieurs hommes déboulonnent l’enseigne d’un aréna portant le nom du père Camille Léger, qualifié par certains de tyran. L’archidiocèse de Moncton fait encore face à des poursuites inhérentes aux gestes commis par l’homme mort en 1990.

Cela dit, on sort de ce documentaire avec autant de questions que de réponses. Parce que pour toutes les dénonciations, combien d’autres gestes sont non punis, combien d’autres personnes sont mortes ou vivent encore emmurées dans le silence ?

En salle.

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Le silence

Documentaire

Le silence

Renée Blanchar

Avec Jean-Paul Melanson, Victor Cormier, Lowell et Doria Mallais

1 h 49

½