Dans les circonstances, les studios Marvel ont eu de la chance. La pandémie a frappé alors qu’ils devaient lancer la quatrième phase de leur titanesque univers cinématographique, communément appelé MCU. En 2019, avec Avengers : Endgame puis Spider-Man : Far From Home, une saga entamée plus de 10 ans avant prenait fin et on passait en même temps le flambeau à de nouveaux personnages et à d’autres jusqu’ici dans l’ombre. Si on voulait faire une pause, c’était le bon moment.

Pascal LeBlanc
Pascal LeBlanc La Presse

Black Widow, prévu originellement le 1er mai 2020, devait en quelque sorte faire le pont entre les membres originaux des Avengers et la nouvelle garde. Finalement, en raison de la pandémie, ce sont les nouvelles séries sur Disney+ qui nous ont permis de renouer avec le MCU, en janvier dernier. Six mois et trois séries plus tard, alors qu’il ne reste qu’un épisode à Loki, on remarque que près de six heures passées en compagnie de Wanda, Vision, Sam et Bucky permettent de les voir discuter, se questionner, changer d’idée, respirer… Bref, de réellement les connaître, et sans avoir l’impression qu’ils se battent sans cesse.

Alors, lorsque le récit est contenu en à peine deux heures et qu’au moins la moitié est consacrée à des scènes d’action, il ne reste plus beaucoup de temps « de qualité » avec nos héros. C’est la contrainte du cinéma, certes, mais ça semble encore plus flagrant dans le cas de Black Widow. La bonne nouvelle est que les combats sont excellents, parmi les meilleurs du MCU. Il s’en dégage une brutalité très réaliste, bien qu’ils soient également chorégraphiés avec soin, même dans les airs !

De retour à Budapest

Autre élément positif : Natasha Romanoff nous est déjà plutôt familière. Scarlett Johansson l’incarne ici pour la huitième fois. Elle est toujours aussi convaincante, mais on la sent un peu fatiguée. Cela dit, l’histoire l’impose quelque peu, car celle-ci se déroule à la suite des évènements de Captain America : Civil War et l’héroïne est maintenant une fugitive. « Elle se sent vraiment seule, car elle a toujours fait partie de quelque chose », a expliqué Scarlett Johansson, lors d’une rencontre de presse.

PHOTO JAY MAIDMENT, FOURNIE PAR LES STUDIOS MARVEL

Black Widow (Scarlett Johansson) face à Taskmaster

Le premier acte aurait sans doute été plus lent, mais on aurait pris davantage de cette solitude afin de mieux saisir l’état d’esprit de Natasha. D’autant plus que son passé la rattrape très rapidement. Après une attaque inattendue, elle retourne à Budapest, lieu d’une mission référencée quelques fois par elle et Clint Barton (Jeremy Renner) dans des films précédents. Toutefois, ce n’est pas avec Hawkeye qu’elle renoue, mais avec sa petite sœur Yelena (Florence Pugh), et, plus tard, avec ses parents Melina (Rachel Weisz) et Alexei (David Harbour). Cette réunion de famille des plus pénibles autour de la table de la salle à manger donne lieu à l’une des meilleures scènes du film.

Il y en a quelques autres : la poursuite en moto/auto avec Yelena, la discussion sur la veste de Yelena, le sauvetage en hélicoptère avec Yelena…

Si vous ne l’aviez pas deviné, Florence Pugh vole la vedette ! Elle est drôle sans le vouloir, débordante d’énergie et juste assez énervante. Une vraie petite sœur.

Rachel Weisz et David Harbour ont aussi leurs moments. Leur accent russe n’est pas particulièrement convaincant, mais on aime la nature glaciale et l’aura mystérieuse de l’une puis l’ego démesuré et l’allure grotesque de l’autre. Le jeu des comédiens est assurément l’un des points forts du film. La dynamique entre eux est remarquable.

Tout va trop vite

On ne peut malheureusement pas en dire autant du scénario, en particulier en fin de parcours. Le personnage de Natasha s’est construit lentement au fil des films et des éléments importants s’ajoutent tout au long de Black Widow. Toutefois, les dernières pièces du casse-tête sont expédiées en quelques répliques confuses entre deux coups de pied. De plus, le tout se déroule alors qu’on suit en parallèle les autres protagonistes qui sont aussi en train de lutter pour leur survie. Un moment déterminant est ainsi éclipsé.

Cette scène et quelques autres donnent l’impression que les studios n’avaient pas la certitude que Natasha pouvait mener seule un film. Certains disent qu’il arrive trop tard. Possible. Il y a quelques années, l’aventure aurait certainement été différente, moins coincée dans la chronologie du MCU, sans le sentiment qu’il s’agit d’un dernier coup d’éclat avant la retraite.

Les années ont cependant permis au personnage et à la société d’évoluer. Scarlett Johansson se dit fière du parcours de Black Widow après ses débuts comme assistante/assassine dans Iron Man 2. On est d’accord, mais on aurait aimé que cette fierté soit davantage exprimée.

En salle et sur Disney+ avec l’Accès Premium ce vendredi

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Black Widow

Film de superhéros

Black Widow

Cate Shortland

Avec Scarlett Johansson, Florence Pugh, David Harbour

2 h 13