Sophie Dupuis voulait faire un film « qui brasse ». C’est exactement ce qu’elle nous propose avec Souterrain. Pour son deuxième long métrage, la cinéaste valdorienne emprunte l’approche très fébrile qui avait fait de Chien de garde une si belle réussite. Elle l’applique cette fois à la forme du film choral.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

C’est d’ailleurs là que réside l’une des forces de ce long métrage. En construisant son histoire autour d’un jeune mineur, la cinéaste, qui signe seule le scénario de son film, est parvenue à faire exister réellement les nombreux autres personnages qui entourent le protagoniste. On a rarement vu au cinéma québécois une distribution aussi imposante et cohérente à la fois. Personne ne sert ici de simple faire-valoir, y compris les personnages féminins, plus rares, qui évoluent dans ce monde d’hommes.

Campé dans un décor qui apparaîtra inédit pour bien des gens, tourné dans une vraie mine à quelques centaines de mètres de profondeur, Souterrain commence dans un climat tendu, alors qu’en surface, une déflagration sourde et inhabituelle s’est fait entendre. Un évènement est manifestement survenu sous terre et le poste de commande se met sur le mode sauvetage, dans un branle-bas de combat où, tout le monde étant de la famille, s’entremêlent le sens du devoir, l’émotion et le sentiment de culpabilité.

Le spectateur devra attendre le dernier acte avant de comprendre ce qui s’est réellement passé. Pour nous y mener, Sophie Dupuis nous ramène un peu en arrière pour nous raconter le monde des mineurs à travers le parcours de Maxime (Joakim Robillard, une révélation), tant sur le plan intime que social. Jeune loup qui gagne bien sa vie au point de se permettre l’acquisition de biens matériels et d’emprunter parfois une attitude arrogante, le jeune homme est néanmoins tourmenté dans sa relation de couple à cause d’un évènement qui, à ses yeux, remet en cause les fondements même de la masculinité.

PHOTO FOURNIE PAR AXIA FILMS

Joakim Robillard est la tête d’affiche de Souterrain, le deuxième long métrage de Sophie Dupuis.

Maxime est aussi préoccupé par le sort de son ami Julien (Théodore Pellerin), un homme atteint d’un handicap et d’un trouble du langage, dont on apprendra progressivement l’histoire. N’ayant jamais pu accepter la cruauté du destin, le père de ce dernier (James Hyndman, émouvant) traîne d’ailleurs en lui la condition de son fils comme une colère silencieuse. Et permanente.

Un esprit de fraternité

Au-delà de l’action, Sophie Dupuis parvient à magnifiquement évoquer l’esprit de fraternité qui lie ces hommes de toutes générations (des pères et des fils se trouvent à travailler ensemble), dont la sécurité et le bien-être reposent sur l’attention que les mineurs doivent porter les uns aux autres. Quand le contremaître (Guillaume Cyr) demande à ses gars s’ils sont bien dans leur tête et dans leur cœur avant de descendre, cela n’est pas qu’une figure de style.

Souterrain se démarque d’abord grâce au portrait que dépeint Sophie Dupuis de ces mineurs, mais ce film constitue aussi une belle réussite sur le plan cinématographique. On note en outre les images puissantes (magnifique direction photo de Mathieu Laverdière), l’environnement musical à l’avenant (trame diablement efficace, signée Gaëtan Gravel et Patrice Dubuc), et surtout, cet excellent scénario qu’une mise en scène inspirée met en valeur, d’autant que l’excellente distribution d’ensemble, de laquelle font notamment partie Catherine Trudeau, Mickaël Gouin, Chantal Fontaine, Bruno Marcil, Jean L’Italien et Lauren Hartley, y fait honneur.

Le drame qui s’y joue n’en devient alors que plus poignant.

En salle ce vendredi.

Souterrain

Drame

Souterrain

Sophie Dupuis

Avec Joakim Robillard, Théodore Pellerin, James Hyndman

1 h 37

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