Dans les années 1970 et 1980 à Colombo, au Sri Lanka, un garçon tamoul grandit et découvre son homosexualité alors que montent les tensions sociales qui mèneront à une guerre civile.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Il est d’abord surprenant de constater à quel point la langue anglaise est présente dans cette histoire, même si les langues étrangères (le tamoul et le cingalais) entendues dans ce long métrage de Deepa Mehta, choisi pour représenter le Canada aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international, franchissent la barre requise du plus de 50 %. Avis aussi à ceux qui auraient l’oreille moins exercée : l’accent est très prononcé dans les passages en anglais, non sous-titrés dans la version originale qui nous est offerte pour l’instant.

Inspiré d’un roman de Shyam Selvadurai, Funny Boy relate le passage à l’âge adulte d’Arji, jeune homosexuel tamoul interprété par Arush Nand dans l’enfance et par Brandon Ingram dans l’adolescence, alors que se dessine un conflit sanglant entre les Cingalais et les Tamouls. Deepa Mehta, à qui l’on doit notamment la trilogie Earth, Fire et Water (ce dernier titre lui a valu une citation aux Oscars en 2007), déploie son récit sur deux axes, intime et politique, et doit parfois tourner les coins rond afin d’en aborder tous les sous-thèmes : l’homosexualité dans une culture où on la rejette violemment, les divisions politiques au sein d’une même famille, l’hostilité entre les Cingalais et les Tamouls, la guerre civile qui en découle. Et puis, dans un élan tout shakespearien, on donne à Arji un premier amoureux cingalais…

AFFICHE FOURNIE PAR CBC FILMS

Affiche de Funny Boy, un film de Deepa Mehta

Soulignons par ailleurs la polémique — ponctuée même d’un appel au boycottage — dans laquelle Funny Boy a été plongé. La diaspora tamoule a en effet reproché à la cinéaste d’avoir fait appel à des acteurs cingalais pour interpréter des personnages tamouls. Pour un film qui se démarque en outre grâce à sa quête d’authenticité culturelle, ce faux pas n’est certes pas passé inaperçu. À l’arrivée, Funny Boy se révèle inégal, puissant par moments, traversé même de belles fulgurances, mais certains aspects sont trop appuyés.

Funny Boy sera présenté en version originale tamoule, anglaise et cingalaise sur la chaîne CBC le 4 décembre à 20 h. Il pourra aussi être vu ensuite sur la plateforme CBC Gem. Une version accessible au public francophone devrait en principe être offerte à une date ultérieure.

★★★

Drame. Funny Boy. Deepa Mehta. Avec Brandon Ingram, Nimmi Harasgama, Ali Kazmi. 1 h 49.