Justine Triet avait déjà dessiné de beaux portraits de femmes dans La bataille de Solférino, puis, déjà avec Virginie Efira, dans Victoria. Avec ce troisième long métrage, en lice l’an dernier pour la Palme d’or du Festival de Cannes, elle s’intéresse cette fois au parcours d’une femme qui laisse son métier de psychanalyste, qu’elle pratique depuis plusieurs années, pour revenir à l’écriture, son ancienne passion.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Évidemment, le contexte n’est plus du tout le même. Mariée et mère de deux enfants, Sibyl (Virginie Efira) mesure progressivement l’ampleur d’une décision lourde de conséquences, d’abord auprès de sa famille et de ses patients, mais, surtout, auprès d’elle-même. Aurait-elle pu soupçonner autant de chamboulements intérieurs à l’idée d’écrire un roman ?

Dans la première partie du récit, Justine Triet fait écho à ce tumulte en ramenant des épisodes du passé — notamment une passion amoureuse avec un amant (Niels Schneider) — qui s’entrechoquent au présent. Elle se retrouve aussi plongée dans les confidences de Margot (Adèle Exarchopoulos), seule patiente qu’elle a accepté de continuer à voir, une actrice en crise dont le récit agit comme un effet de miroir. Ayant sur un tournage un partenaire de jeu (Gaspard Ulliel) avec qui elle entretient aussi une liaison hors plateau, Margot vit mal cette passion suffocante, d’autant que ce dernier, malgré ses exigences, reste le conjoint de la réalisatrice du film (Sandra Hüller, révélée au monde grâce à Toni Erdmann).

Au-delà du trouble qu’elle ressent à l’écoute des mésaventures de Margot, qui ne cesse de lui envoyer à tout moment des messages textes de détresse, Sibyl ne peut faire autrement que de s’en inspirer pour nourrir son roman, à l’insu de sa patiente. Aussi accepte-t-elle, à la demande de Margot, devenue complètement dépendante de sa psy, de suivre cette dernière en Italie, histoire d’être à ses côtés pour une partie du tournage se déroulant à Stromboli.

Un changement de tonalité surprenant

C’est à partir de ce moment que le dernier acte dérape un peu. Puisant à même les clichés liés aux tournages de cinéma, Justine Triet change alors de tonalité pour verser parfois dans l’excès, sinon la satire, insérant même des touches burlesques à un récit qui, jusque-là, n’avait pourtant aucune prétention humoristique. Le coup de la femme saoule qui, dans une soirée mondaine, décide de s’emparer du micro et de prendre la place de la chanteuse ? Vraiment ?

Cela dit, Virginie Efira offre ici une excellente performance. L’actrice plonge tête baissée dans les méandres d’un personnage complexe, plus douloureux qu’il ne pourrait paraître, en modulant habilement toutes les facettes d’une profonde remise en question existentielle. Entourée d’une distribution solide, l’actrice se trouve aussi à emprunter de multiples points de vue au sein d’un récit où son personnage devient à la fois protagoniste et témoin.

AFFICHE FOURNIE PAR LE PACTE

Sibyl, de Justine Triet

Au bout du compte, Justine Triet propose un film se distinguant grâce à ses qualités de réalisation, mais qui, surtout, enrichit le cinéma d’un beau portrait de femme.

Sibyl est offert à la location sur la plateforme du Cinéma du Parc.

★★★½

Sibyl. Drame de Justine Triet. Avec Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel. 1 h 41.