À travers des souvenirs familiaux, le réalisateur revient sur l’histoire de sa famille allemande sur un siècle, de la Première Guerre mondiale jusqu’après la chute du mur de Berlin. À travers ce voyage, il nous invite à une réflexion sur le passage du temps, notre place dans l’univers, notre relation à la vie, ce que nous laissons derrière.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Ce très long (198 minutes) métrage est un projet hors norme. Le projet d’une vie. Un projet en forme de témoin privilégié de l’histoire allemande à travers le XXsiècle.

Grâce à une collection de différents souvenirs (lettres, photographies, travaux scolaires, œuvres d’art et autres), Thomas Heise utilise l’histoire familiale comme miroir de celle de son pays, qui, au cours du XXsiècle, a été dominant et dominé, tyran et esclave, génocidaire et divisé. La richesse de son histoire est lourde à porter.

Cela se reflète à travers les correspondances familiales lues en voix hors champ alors que sous nos yeux défilent, lentement, très lentement, des images en noir et blanc de lieux allemands, souvent abandonnés, filmées de nos jours.

Les images servent de métaphores aux textes. Un exemple parmi bien d’autres : les gravats d’un immeuble en voie de démolition tombent au sol alors que sont lues des lettres du père du cinéaste perdant peu à peu ses privilèges à l’université parce que son comportement est jugé non conforme au socialisme est-allemand.

Remontant aux années précédant la Première Guerre mondiale, les premières lettres, annonciatrices, évoquent la nature bestiale des humains lorsqu’ils sont en guerre.

AFFICHE FOURNIE PAR ICARUS FILMS

Heimat Is a Space In Time, de Thomas Heise

Il faut sans doute regarder cette œuvre à petites doses. La caméra est lente, insistante, pour mieux nous faire comprendre l’ampleur des sentiments exprimés dans les écrits. Ainsi, vers la fin de la première heure défile durant une bonne dizaine de minutes une liste de victimes du nazisme en Autriche.

Sans doute que Thomas Heise est un admirateur du travail de Claude Lanzmann, réalisateur du documentaire Shoah. Avec raison, devrions-nous dire. En dépit de son rythme rébarbatif, ce document exceptionnel aborde autant nos côtés les plus inavouables que la fragilité de nos existences, le poids de l’histoire et notre place dans l’univers.

De quoi susciter la réflexion.

Heimat Is a Space in Time a pris l’affiche sur la plateforme du Cinéma Moderne.

★★★½

Heimat Is a Space in Time. Documentaire/essai de Thomas Heise. 3 h 38.