Timide, introvertie, incapable de faire sa place dans la société ou de se plonger dans une vie intime, Jeanne vit avec sa mère extravertie dans une commune anonyme. Le jour où elle déniche un emploi de nuit dans un parc d’attractions, elle développe une attirance amoureuse et sexuelle envers un nouveau manège.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

C’est à prendre ou à laisser.

L’expression sied parfaitement à ce premier long métrage de Zoé Wittock dans lequel le code social du spectateur sera mis à rude épreuve.

Il est vrai que ce n’est pas tous les jours que l’on tombe amoureuse d’une machine qui a toutes les allures d’une énorme mâchoire prête à broyer les gamins qui s’y collent pour des tours à grand vertige.

Et… pourquoi pas ! Présenté à Sundance et à la Berlinale, ce film de Mme Wittock est assurément un hommage à la différence, au vivre et au laisser vivre, et au conte. Il est d’ailleurs inspiré de l’histoire vraie d’une Américaine qui a… épousé la tour Eiffel !

On nous dira que cet appel à l’inclusion sans porter de jugement est assez facile à décoder. Soit. Mais rappelons que le thème s’inscrit parfaitement dans l’air du temps. La cinéaste a simplement utilisé d’autres avenues, certes tortueuses, pour s’y rendre.

Il y a quelque chose du vertige, de l’univers parallèle, de l’excentricité dans ce film qui, c’est notre impression, fait un ou deux clins d’œil à Rencontre du troisième type (c’est de circonstance ici !), de Spielberg.

Tissée avec peu de moyens, la mise en scène est compensée par une bonne dose d’humanité et une performance solide de Noémie Merlant (Jeanne), vue récemment dans Portrait de la jeune fille en feu.

IMAGE FOURNIE PAR A-Z FILMS

Jumbo, de Zoé Wittock

On aurait souhaité que la cinéaste creuse davantage ses trois personnages secondaires, essentiels dans l’univers atypique de Jeanne. Surtout la relation avec sa mère, Margarette (Emmanuelle Bercot), dont les frontières de l’excentricité s’arrêtent là où le monde de Jeanne commence. De là, un affrontement mère-fille qui écorche, d’autant plus que la figure paternelle a disparu depuis longtemps.

Il reste que la façon de faire est singulière et convaincante. Zoé Wittock sera une cinéaste à suivre.

★★★

Jumbo. Drame de Zoé Wittock. Avec Noémie Merlant, Bastien Bouillon, Emmanuelle Bercot. 1 h 33.

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