Grand admirateur du film Showgirls, l’un des échecs publics et critiques les plus spectaculaires des années 90, Jeffrey McHale tente une réhabilitation en compagnie du réalisateur Paul Verhoeven et de différents observateurs.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Pour ceux qui ne se souviendraient pas de Showgirls, un film de Paul Verhoeven qui aurait normalement dû rester dans les limbes de l’histoire du cinéma, Nomi est le prénom de cette jeune danseuse érotique qui tente de se faire une place dans le monde glamour de Las Vegas. Interprétée par Elizabeth Berkley, qui, outre les scènes tirées de Showgirls, est seulement vue dans ce documentaire lors d’une présentation spéciale à l’occasion du 20e anniversaire du film en 2015, Nomi est continuellement enragée envers et contre tous. Elle peut aussi passer de la colère au sourire en moins de deux. Cette bipolarité exacerbée, sur laquelle Paul Verhoeven a misé pour exiger de l’actrice un jeu excessif (ce qu’il avoue), est apparente dès la toute première scène. Et annonce le désastre qui va suivre.

Il se trouve que Jeffrey McHale, qui signe ici son premier film à titre de réalisateur, est fasciné par Showgirls au point où il tente de comprendre comment on a pu en arriver là. Pour ce faire, il creuse la filmographie de Paul Verhoeven, autant dans sa période néerlandaise (Turkish Delight, The Fourth Man) qu’hollywoodienne (Robocop, Total Recall), en passant même par sa nouvelle période française (Elle). Il conclut qu’en analysant les thèmes explorés dans ces films, Showgirls n’a finalement rien d’une exception dans la filmographie d’un cinéaste provocateur, si ce n’est le scénario, pondu n’importe comment par Joe Eszterhas, scénariste le mieux payé de l’époque. Comme l’indique l’auteur David Schmader en faisant référence à Basic Instinct, que le duo avait proposé trois ans plus tôt, « ces deux hommes ont fait beaucoup de coke et se sont retrouvés ivres de pouvoir après avoir fait un film de merde avec une tueuse lesbienne et son pic à glace ».

AFFICHE FOURNIE PAR RLJE FILMS

Affiche du documentaire You Don't Nomi

Comparé aussi à des sommets de kitsch comme Valley of the Dolls et Mommie Dearest, Showgirls a atteint le statut de film culte. Jeffrey McHale a ainsi pris le pari de nous entraîner au cœur d’un phénomène inattendu. Ce faisant, il nous offre un portrait fascinant d’un film parfaitement ridicule. Ou génial, c’est selon.

You Don’t Nomi est offert en vidéo sur demande, en version originale anglaise seulement.

★★★

Documentaire. You Don’t Nomi, de Jeffrey McHale. Avec Paul Verhoeven, Joe Eszterhas, Gina Gershon. 1 h 32.