Entre la danse et la musique, entre les professionnels de l’opéra et les classes d’apprentissage chez de jeunes musiciens, entre l’Opéra Garnier et l’Opéra Bastille, le réalisateur suisse Jean-Stéphane Bron passe une saison complète sur les planches, dans les coulisses, les bureaux administratifs et ceux de répétition de cette grande institution parisienne.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Sous une allure générale très sérieuse et hiérarchisée, il y a des passages très, très comiques dans ce documentaire qui furète dans tous les coins et les recoins de l’Opéra de Paris.

Prenez par exemple ces artisans qui, cernés par un nuage de glace sèche, évaluent la qualité de ce test de fumée. Ou encore ce pauvre chanteur qui a toutes les difficultés du monde à prononcer le mot saucisse en allemand (« wurtz »), un passage visiblement crucial pour un opéra en préparation.

Mais ailleurs, l’Opéra de Paris, c’est du sérieux, avec une avalanche de drames, petits, moyens et grands, que l’équipe de direction doit gérer quotidiennement.

À commencer par les relations visiblement tendues qui existent entre le directeur du ballet, Benjamin Millepied, et une bonne partie des danseurs travaillant sous sa direction.

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Affiche du documentaire L’Opéra de Paris

Il y a aussi la maladie soudaine d’un des chanteurs principaux de l’opéra Les maîtres chanteurs, les éternels problèmes budgétaires, les confrontations avec les syndicats, les blessures récurrentes d’une danseuse étoile.

En somme, l’art a un prix. Et ce prix augmente avec la qualité recherchée.

Subissant visiblement d’énormes pressions et devant jongler avec quantités d’ego surdimensionnés, le directeur de l’institution, Stéphane Lissner, tente de garder le cap, et son calme, à la barre de cet énorme navire. Et c’est bien ainsi. Car, en dépit de toutes ces aspérités, les artisans de l’opéra réussissent aussi à faire de petits et grands miracles. On est ainsi assez ébloui de voir un monstrueux taureau arriver sur la scène d’un opéra. On s’émerveille aussi de voir le jeune chanteur russe Mikhail Timoshenko faire peu à peu des progrès en français au fil des mois.

Tout cela est filmé sans interview et avec un accès très large à tout ce qui se passe dans les coulisses de l’institution.

Il y a une dizaine d’années, le grand documentariste Frederick Wiseman avait proposé avec La danse un documentaire centré sur le ballet de l’Opéra de Paris. À notre souvenir, il s’était davantage concentré sur l’art. Ici, la perspective est plus large.

L’Opéra de Paris donne une excellente idée de l’ampleur de la mécanique d’une grande institution culturelle.

Sur la plateforme du Cinéma du Parc.

★★★½

Documentaire. L’Opéra de Paris, de Jean-Stéphane Bron. Avec Stéphane Lissner, Benjamin Millepied et Mikhail Timoshenko. 1 h 51.