Un cinéaste palestinien quitte sa ville natale de Nazareth pour trouver la paix, mais retrouve plutôt à Paris puis à New York, dans les clichés de la vie quotidienne, ce qu’il tente de fuir.

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

« Tout le monde boit pour oublier. Vous, les Palestiniens, vous buvez pour vous souvenir », dit un personnage de C’est ça le paradis ? (It Must Be Heaven) d’Elia Suleiman. L’acteur-cinéaste incarne une nouvelle fois son personnage d’alter ego mutique dans son quatrième long métrage, à la fois burlesque et poétique, qui le mène de Nazareth à New York (Montréal agissant comme doublure), en passant par Paris. Une fable satirique sur la fuite et l’introspection qui pose cette question fondamentale : quel est donc cet endroit qu’on peut appeler « chez soi » ?

Dans une scène parisienne, le producteur de films français Vincent Maraval refuse un projet à Suleiman, en prétextant qu’il est trop universel et « pas assez palestinien ». On retrouve le cinéaste d’Intervention divine et du Temps qu’il reste là où on le connaît et l’apprécie : dans la collection de vignettes pétries d’humour absurde, qui révèlent l’état du monde.

IMAGE TIRÉE DE L’INTERNET

Affiche du film It Must Be Heaven, d'Elia Suleiman

Avec son regard à la fois mélancolique et pince-sans-rire, qui rappelle Jacques Tati ou Buster Keaton, sa réalisation minimaliste et précise, à la signature très forte, Elia Suleiman propose une métaphore brillante des sociétés dans lesquelles on vit, avec tous leurs clichés, leurs lieux communs, leurs préjugés et leurs a priori. Sans oublier bien sûr toutes les vérités qui s’y dissimulent.


C’est ça le paradis ? est offert dès ce vendredi, en version originale sous-titrée en français, sur les plateformes du Cinéma du Parc et du Cinéma Moderne. Le film sera en vidéo sur demande, sur toutes les plateformes, dès le 19 juin.

★★★½

Comédie. C’est ça le paradis ? (It Must Be Heaven), de et avec Elia Suleiman. 1 h 37.