De vieux hommes dans un lac. Ils ont des chiens et des plants de pot. On voit bien que ces ermites se connaissent, mais chacun respecte le territoire de l’autre. L’un d’entre eux lave des pinceaux.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Une vieille dame assiste à des funérailles. L’épouse du défunt a récemment découvert l’existence de cette femme — sa belle-sœur — et l’a invitée à se joindre à une famille qu’elle n’a pas vue depuis 60 ans.

Le fils du disparu (Éric Robidoux), chargé de conduire cette tante inconnue, tient la gérance d’un hôtel perdu dans le bois. S’y trouve une reporter photographe (Ève Landry) qui mène des interviews auprès des aînés du village à propos d’un immense incendie de forêt qui a, il y a plusieurs années, fait des victimes. Cette tragédie est toujours fortement ancrée dans la mémoire collective de la région.

Tel est le cadre dans lequel se déploie le récit d’Il pleuvait des oiseaux, superbe adaptation cinématographique du roman de Jocelyne Saucier, réalisée par Louise Archambault (Gabrielle).

Car au-delà de ces détails scénaristiques, l’essentiel est ailleurs. Il est dans le regard de cette femme, injustement internée et bourrée de pilules pendant 60 ans, qui dit simplement à son neveu vouloir « voir des paysages ». Il est dans cette volonté d’êtres qui ont choisi de finir leurs jours comme ils l’entendent, en marge d’une société pour laquelle ils n’existent plus, en pleine communion avec la nature. À chacun sa Ballade de Narayama.

Et puis, il y a aussi l’amour. Celui qu’on n’attend plus à cet âge, et qui se révèle inopinément entre deux êtres, tout en délicatesse. Marie-Desneiges (Andrée Lachapelle), le prénom qu’a choisi la tante inconnue une fois initiée au grand air et à la forêt, n’aurait jamais cru que ça puisse être aussi beau. Cette scène charnelle entre Charlie (Gilbert Sicotte) et elle, finement mise en scène, est l’une des plus touchantes à avoir été montrée récemment au cinéma.

La pureté du geste

Il pleuvait des oiseaux est un film sur la vieillesse, bien sûr, mais aussi sur l’art. Dans cette histoire, la peinture entre en communion avec la réalité de la nature, particulièrement les drames qui peuvent y survenir. L’un des plus beaux aspects de cette œuvre est justement de faire écho à la pureté du geste artistique. La reporter découvre en effet que Boychuck (Kenneth Welsh), un personnage mystérieux, maintenant mort, dont tout le monde parle encore au village, a peint des toiles par simple besoin d’expression, sans jamais vouloir les montrer, même à ses compagnons. Ces tableaux — créés par Marc Séguin pour les besoins du film — établissent un lien très fort avec le passé.

Les trois acteurs principaux sont tout à fait remarquables, à commencer par Andrée Lachapelle, qui trouve ici l’un des plus grands rôles de sa carrière (et son dernier, selon son propre dire). 

Gilbert Sicotte prouve à quel point il est un acteur d’exception, et Rémy Girard n’avait pas livré plus belle performance au cinéma depuis Les invasions barbares.

À cet égard, il convient de souligner la qualité des chansons qu’interprète ce dernier à la guitare, qu’elles soient tirées du répertoire de Tom Waits, de Richard Desjardins ou de Gilles Vigneault (dont la sublime Quand vous mourrez de nos amours). Conjugués à la très belle trame musicale qu’a composée le groupe indie montréalais Will Driving West, ces airs enrichissent sereinement l’atmosphère de ce film lumineux, lent et beau, qui se place résolument du côté de la vie.

★★★★

Il pleuvait des oiseaux. Drame de Louise Archambault. Avec Andrée Lachapelle, Gilbert Sicotte, Rémy Girard. 2 h 06.

> Consultez l'horaire du film : https://ouvoir.ca/2019/il-pleuvait-des-oiseaux