Quand il a été présenté l'an dernier au Festival de Cannes, le soir de l'ouverture, le film espagnol d'Asghar Farhadi, cinéaste iranien plusieurs fois primé, a été accueilli plutôt sèchement.

MARC-ANDRÉ LUSSIER LA PRESSE

Bien sûr, le double lauréat de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère (Une séparation en 2012 et Le client en 2017), probablement victime de sa réputation, est condamné à nous offrir chaque fois un film d'exception.

Everybody Knows ne constitue peut-être pas un sommet dans la carrière du cinéaste, mais il offre en revanche assez de belles et grandes qualités - assez de maîtrise et d'intelligence aussi - pour quand même être inscrit parmi les propositions les plus intéressantes du moment.

Comme il l'avait fait il y a six ans pour Le passé, un film qu'il avait tourné en France, Asghar Farhadi transpose de nouveau sa méthode dans une culture complètement différente de la sienne. C'est d'ailleurs ce qui frappe à première vue: le cinéaste semble toujours vouloir explorer les mêmes thèmes, à partir des deux pôles que constituent Une séparation et Le passé.

Dès le départ, Farhadi jette les bases de son récit en introduisant des indices sur le thriller qui se déploiera ensuite sous nos yeux. Un immense clocher surplombe un petit village espagnol. Des initiales ont été gravées là, il y a plusieurs années, par un jeune couple amoureux.

On s'apprête à célébrer un mariage. L'esprit est à la fête. Il y a de la musique, de la danse, du soleil, du beau monde. On a du mal à soupçonner que sous cette belle fraternité humaine se cachent des zones d'ombre, sur le plan tant collectif que personnel.

Une fois de plus, Farhadi dissèque le thème du couple, au sein duquel un déchirement survient à la suite d'une révélation inattendue, issue du passé.

Vivant en Argentine auprès de son mari (Ricardo Darín), Laura (Penélope Cruz) revient dans son pays natal avec ses deux enfants à l'occasion du mariage de sa plus jeune soeur. Le drame survient quand, au soir de la noce, la fille adolescente de Laura disparaît, et que Paco (Javier Bardem), l'ancien amoureux de Laura, est mis à contribution pour participer aux recherches.

Déterrer des choses inavouables

Farhadi utilise ce point de départ pour mieux déterrer les choses inavouables que chacun tient secrètes. Du coup, l'histoire rebondit sur tous les intervenants et prend une ampleur insoupçonnée. Le drame intimiste se transforme même en thriller aux accents hitchcockiens.

Pour habile qu'il soit, en plus de l'évidente maîtrise de Farhadi dans l'écriture des dialogues, le schéma paraîtra un peu systématique et répétitif. Cela dit, le cinéaste iranien dispose de pointures exceptionnelles devant sa caméra. Penélope Cruz et Javier Bardem trouvent ici un projet commun qui leur sied parfaitement.

Ils sont entourés d'une distribution d'ensemble impeccable, ce qui prouve bien que la barrière de la langue n'empêche en rien une grande direction d'acteurs. Même Ricardo Darín, grande star argentine, se tire très bien d'affaire en campant de façon très nuancée un personnage plus carré et peu sympathique.

Notez que Everybody Knows (Tout le monde le sait est le titre français) est à l'affiche à Montréal dans sa version espagnole avec sous-titres français ou anglais.

* * * 1/2

Everybody Knows (V.O.: Todos los saben). Drame d'Asghar Farhadi. Avec Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darín. 2h12.

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Image fournie par Universal Pictures Canada

Everybody Knows