La guerre froide, cette période de tensions géopolitiques entre les États-Unis, l'URSS et leurs alliés, est un terreau fertile pour raconter des histoires fortes aux personnages tiraillés par mille et un sentiments contraires et, surtout, par la peur de l'autre.

ANDRÉ DUCHESNE LA PRESSE

En guise d'exemples, pensons aux longs métrages Bridge of Spies et La vie des autres ou à l'excellent roman The Moment de Douglas Kennedy. Cold War de Pawel Pawlikowski s'inscrit parfaitement dans cette lignée d'oeuvres phares qui nous font revivre les lendemains de la Seconde Guerre mondiale de chaque côté du rideau de fer.

Cold War est admirable à tous points de vue. Dès les premières images, on sent que la réalisation de l'oeuvre a été précédée d'un long mûrissement tant pour la construction de chaque plan que pour la création d'une atmosphère de fin du monde, l'écriture du scénario et le polissage des dialogues, réduits au minimum, mais toujours percutants.

Avec pour résultat qu'en moins de 90 minutes, Pawel Pawlikowski propose une histoire qui explore, sans jamais s'égarer, autant de thèmes que l'amour, la musique, la construction de son identité et la recherche du bonheur. Avec pour toile de fond la montée du communisme dans la Pologne des années 50.

Chanteuse et danseuse bourrée d'un talent qui ne demande qu'à éclore, Zula (Joanna Kulig), jeune femme au regard de feu, trouve son chemin sous la direction du pianiste et directeur d'orchestre Wiktor (Tomasz Kot), son professeur, mentor... et amant.

Mais très vite, fissures et tensions apparaissent dans ce couple formé de deux caractères forts. S'étirant sur une quinzaine d'années, leur histoire d'amour n'est pas seulement tissée de ruptures et de retrouvailles (une vraie guerre froide dans la guerre froide), mais aussi d'allers-retours entre la Pologne et Paris.

Pourquoi Paris? Parce que pour deux amoureux d'art et de liberté, la Ville Lumière attire comme un aimant et devient une métaphore de l'Occident et de ses privilèges. Mais l'Occident peut aussi être abrutissant, comme Zula se plaira à le rappeler à Wiktor qui s'est ramolli depuis qu'il est passé à l'Ouest.

Au-delà des comédiens, c'est la musique qui est la grande vedette de ce film. La musique qui unit les peuples, la musique comme vecteur d'identité culturelle, la musique présente dans toutes les grandes histoires d'amour. Ainsi, dans les premières minutes du film, le réalisateur fait émerger tout un pan de la musique folklorique polonaise à travers une formation de jeunes chanteurs, danseurs et musiciens.

Plus tard, à Paris, la caméra s'attarde longuement dans le monde enfumé des boîtes existentialistes de la rive gauche. Sur un fond musical de jazz, de be-bop, de chanson française et même d'un brin de rock, Pawlikowski et ses personnages nous prennent littéralement par la main pour nous entraîner dans des nuits langoureuses, sensuelles, fiévreuses et abondamment arrosées d'alcool.

Comme Ida, film précédent du réalisateur qui lui a valu l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, Cold War a été tourné en noir et blanc. Les plans, les scènes comme les contrastes sont magnifiques. Ils rappellent le travail de photographes tels Robert Doisneau, Robert Capa ou Lee Miller.

La caméra aime tout: les gens, la lumière, les animaux, les objets, la nature, la pluie et beaucoup la nuit.

Pawel Pawlikowski ne cache pas que les personnages de Wiktor et de Zula sont inspirés de ses parents, morts juste avant la fin de la guerre froide. Cold War est le plus bel hommage d'un fils unique à ceux qui lui ont donné la vie. Et au pays où il a grandi.

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Cold War (V. F. La guerre froide. Drame de Pawel Pawlikowski. Avec Joanna Kulig, Tomasz Kot et Agata Kulesza. 1h28.

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IMAGE FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS

Cold War