Dans une île lointaine et mystérieuse de l’Atlantique, vers 1890, deux gardiens de phare affrontent à la fois leurs démons intérieurs et les menaces extérieures. Un huis clos toxique et explosif.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Après avoir séduit la critique dans les festivals (Cannes, Deauville, Toronto), le nouveau Robert Eggers prend l’affiche ce week-end en Amérique du Nord. Ce deuxième opus de l’hypnotique réalisateur de The Witch ne décevra pas ses admirateurs.

The Lighthouse (Le phare en version avec sous-titres français, qui seront utiles si vous ne maîtrisez pas la langue de Shakespeare) est un récit d’horreur centré sur deux hommes secrets, flirtant avec la folie et la mélancolie. Le hasard a réuni ces deux âmes en peine sur une île de roche, perdue dans les écumes de l’océan (c’est filmé au large de la Nouvelle-Écosse). Ce couple improbable cohabite avec les vagues, le vent et les mouettes menaçantes. Sa routine est terrible, à la fois plombée par l’ennui abyssal et l’horreur sidérale.

À l’instar de Prospero dans La tempête, exilé dans son île peuplée d’esprits surnaturels, les deux gardiens résistent à un environnement hostile. Pour mieux déjouer le mauvais sort et défier la mort, ils bossent fort et passent les soirées à se saouler ; à défaut de pouvoir s’apprivoiser. 

IMAGE FOURNIE PAR VVS FILMS

The Lighthouse

Ce récit sombre, brutal, hypnotique (par ses images, comme par sa trame sonore) est défendu par deux sublimes interprètes : Dafoe et Pattinson. Le premier dans la peau du vieux marin, bourru, qui terrorise son jeune assistant moustachu ; Pattinson est très loin du beau vampire ténébreux de la saga Twilight. Or, les interprètes du film (uniques, ou presque) livrent une solide performance ! Ces acteurs-là sont décidément motivés par les défis.

Filmé en noir et blanc, en format carré 4:3, The Lighthouse est un classique instantané, une œuvre réalisée par un maître. Le cinéaste introduit des références littéraires (Moby Dick de Melville) et cinématographiques (Alfred Hitchcock, David Lynch…). Somme toute, il livre un film fascinant, troublant. Le film d’un artiste visionnaire qui tisse son histoire avec la finesse d’un orfèvre. Et nous fait croire aux mirages pour mieux nous servir l’apocalypse !

★★★★

The Lighthouse (V.F. : Le phare). Un thriller de Robert Eggers. Avec Robert Pattinson, Willem Dafoe. 1 h 50.

> Consultez l’horaire du film : https://ouvoir.ca/2019/the-lighthouse