La ressemblance est quand même frappante, surtout dans la première partie de ce film, lauréat de la Palme d’or du Festival de Cannes cette année. La famille Kim pourrait en effet être le pendant coréen de la famille Bougon. 

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Habitant un appartement en entresol complètement vétuste d’un quartier populaire de Séoul, les quatre membres de la famille — deux adultes et deux ados — semblent quand même vivre dans un bonheur relatif, malgré des conditions de vie déplorables. Quand on fait leur connaissance, ils s’affairent à trouver un endroit dans leur bicoque pour capter le signal Wi-Fi de leur voisine, soudainement coupé.

On comprendra très vite que cette famille apprécie depuis longtemps les vertus du système D et sait comment tirer profit de certaines astuces.

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Une scène tirée de Parasite, un film de Bong Joon-ho

On ne peut cependant révéler les détails d’une histoire qui parvient à nous tenir en haleine du début à la fin. Disons simplement que, grâce à un concours de circonstances, les quatre membres de la famille Kim se retrouvent à travailler pour la famille Park. Celle-ci est d’ailleurs pratiquement composée de la même façon — deux adultes, une ado et un jeune garçon turbulent —, à la différence que le cadre de vie dans lequel évoluent ces personnages, qui ne connaissent rien des liens qui unissent les nouveaux membres de leur garde rapprochée, ne pourrait être plus différent. Maman Kim, une ancienne championne du lancer du marteau, devient ainsi la gouvernante de cette maison hyper cossue d’un quartier chic de Séoul, dessinée par l’un des plus grands architectes. Papa Kim arbore la casquette du chauffeur attitré, et les deux ados Kim enseignent aux deux enfants Park, qui ont besoin de parfaire leurs études.

Une lutte des classes planétaire

Après deux productions plus internationales, Snowpiercer et Okja, le réalisateur de Memories of Murder, The Host et Mother est retourné chez lui pour concocter cette excellente tragicomédie, marquée en outre par de nombreuses ruptures de ton. Bong Joon-ho brosse à travers son récit le portrait de la société coréenne, mais il accroche l’air du temps de si brillante façon que Parasite touche aussi à l’universel. Sa façon d’illustrer la lutte des classes fait en effet écho à une situation planétaire, alors que les populations s’embrasent un peu partout pour réclamer un peu plus de justice sociale.

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Parasite

À la fois drôle, surprenant et inquiétant, Parasite se distingue grâce à ses personnages, mais aussi, surtout, grâce au sens de la mise en scène du cinéaste.

Les lieux où se déroule l’intrigue sont des personnages à part entière, tant du côté de l’appartement des Kim (ah ! cette cuvette surélevée !) que de celui de la fabuleuse maison tout en baies vitrées qu’occupent les Park. Bong Joon-ho maîtrise, sans jamais faire d’esbroufe, tous les outils du cinéma (angles de caméra, lumière, effets visuels, musique) pour mettre à profit les ressorts dramatiques d’un récit qui ne compte aucun temps mort.

On ne peut guère vous en dire davantage, sinon que Parasite est d’évidence l’un des grands films incontournables de la saison. Accrochez-vous, la randonnée est spectaculaire.

★★★★

Parasite. Une comédie dramatique de Bong Joon-ho. Avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-Jeong. 2 h 12.

> Consultez l’horaire du film : https://ouvoir.ca/2019/gisaengchung