La chute de l'empire américain: du Arcand pur jus! ***1/2

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Quand Le règne de la beauté, un film très contemplatif, a pris l'affiche, l'accueil a généralement été perplexe. Denys Arcand s'est alors souvent fait reprocher l'absence des « dialogues brillants » auxquels il nous avait habitués. Peut-être en réaction à ces critiques, le réalisateur des Invasions barbares amorce La chute de l'empire américain avec une scène reposant sur la force de l'écriture, avec des dialogues certifiés Arcand pur jus.

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La chute de l'empire américain

Image fournie par Les Films Séville

Pierre-Paul (Alexandre Landry) est un doctorant en philosophie qui gagne pourtant sa vie comme livreur, car ce métier, ironiquement, se révèle plus payant. Déjà, le déséquilibre social est évoqué et le rôle de l'argent, mis en contexte. L'homme confie en outre à son amoureuse (Florence Longpré) son désarroi d'être « trop intelligent » et trop qualifié pour une société qui n'en demande pas tant.

Après avoir été témoin d'un vol à main armé raté ayant fait deux victimes lors d'une livraison de routine, Pierre-Paul ne peut s'empêcher de s'emparer des deux sacs remplis de billets de banque qui s'offrent à lui en toute impunité. Ensuite se pose le dilemme : comment trouver le moyen de conserver plus de 10 millions de dollars en liquide avec discrétion ? Et pourquoi ne pourrait-on pas aussi utiliser cette somme, sans doute issue du milieu criminel, pour faire le bien ?

DES THÈMES CHERS À SON CINÉMA

Ce point de départ permet ainsi à Arcand de faire ce qu'il prend visiblement beaucoup de plaisir à faire, et qui s'adonne à être ce qu'il sait faire de mieux : s'en prendre au système. De cours d'évasion fiscale suivis à l'université par un motard repenti jusqu'à la création d'un réseau international à travers lequel l'argent peut circuler sans problème en passant par un système judiciaire impuissant, le réalisateur s'en donne à coeur joie en relevant les injustices à coup de répliques cinglantes et de situations absurdes.

Ce faisant, le vétéran cinéaste aborde tous les thèmes chers à son cinéma. Les multiples références aux films précédents font de cette Chute une espèce de grand concentré d'une oeuvre globale, en évolution depuis plus de 45 ans. Arcand nous renvoie en outre au temps de La maudite galette avec ses accents de polar, et il parsème son récit de lieux, de personnages, de références philosophiques et littéraires qui ramènent à l'esprit une manière qu'aime emprunter un cinéaste sensible à l'histoire de l'humanité et à la culture.

Joseph et Marcel, les protagonistes de Joyeux calvaire, sont là, incarnés par les mêmes comédiens (Benoît Brière et Gaston Lepage). Le personnage qu'interprète Pierre Curzi pourrait sortir tout droit de Réjeanne Padovani

Hier, une masseuse férue d'histoire pouvait faire jouir son client en causant millénarisme dans Le déclin de l'empire américain ; aujourd'hui, dans La chute, une escorte de luxe attire son client en citant une phrase de Racine sur son site web.

Cette escorte, que Pierre-Paul rencontre en faisant la seule dépense extravagante qu'il se permettra, est interprétée par Maripier Morin. Cette dernière, on l'a déjà dit, crève littéralement l'écran et tire fort bien son épingle du jeu, même si le parcours émotif de son personnage semble un peu forcé. Face à elle, Alexandre Landry est impeccable dans le rôle d'un homme naïf, sensible à la cause des sans-abri. Les deux protagonistes sont appuyés par une distribution d'ensemble solide, de laquelle ressortent les vétérans Rémy Girard (formidable en motard criminel expérimenté) et Pierre Curzi (dont l'autorité naturelle et la prestance font ici merveille). On remarque aussi de nombreuses participations - de Claude Legault à Brandon Prust en passant par la productrice Denise Robert et le compositeur François Dompierre - comme autant de clins d'oeil assumés.

LES EXCLUS DU SYSTÈME

En explorant le monde de l'argent, Denys Arcand aborde aussi celui dans lequel doivent survivre les exclus du système. En maniant autant de personnages et de ramifications scénaristiques, un certain flottement sera cependant ressenti parfois. Le récit n'évite pas toujours certains clichés non plus, particulièrement dans la peinture du milieu duquel les braqueurs sont issus.

Cela dit, il n'y a pas lieu de bouder son plaisir. La chute de l'empire américain, qui, rappelons-le, n'a rien à voir avec Le déclin de l'empire américain, est sans contredit le meilleur film de Denys Arcand depuis Les invasions barbares.

***1/2

La chute de l'empire américain. Comédie dramatique de Denys Arcand. Avec Alexandre Landry, Maripier Morin, Rémy Girard, Maxim Roy et Louis Morissette. 2 h 09

>>> Consultez l'horaire du film




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