Pendant la pandémie, notre critique vous propose chaque semaine trois longs métrages de répertoire à (re) découvrir. Au programme cette semaine : des films emblématiques de trois interprètes légendaires, disparus au cours de la dernière semaine.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

J. A. Martin photographe (1977)

Jean Beaudin

Monique Mercure s’est distinguée au théâtre, au cinéma et à la télévision. Elle fut à juste titre considérée comme l’une des plus grandes actrices québécoises. J. A. Martin photographe, le film qu’elle tourna avec Jean Beaudin, a beaucoup été évoqué, car sa remarquable performance lui a valu en 1977 le prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes (ex aequo avec Shelley Duvall pour Three Women de Robert Altman). Écrit par Marcel Sabourin, partenaire de jeu de l’actrice, et le cinéaste, J. A. Martin photographe est un film remarquable. Notre regretté collègue Luc Perreault, qui avait couvert le Festival de Cannes en 1977, a classé ce long métrage parmi les meilleurs de l’histoire du cinéma québécois à l’occasion d’un palmarès établi dans La Presse en 2003 : « Au début du siècle dernier, Joseph Albert Martin (Marcel Sabourin) gagne sa vie comme photographe ambulant. Sa voiture couverte d’une bâche et traînée par un cheval lui sert de moyen de locomotion. Sa femme, Rose-Aimée, en a marre d’être laissée toute seule à la maison. Un jour, elle s’embarque avec lui dans une tournée des villages québécois. Leur couple vacillant va tout à coup retrouver sa vigueur d’antan. Grâce à une remarquable direction photo (signée Pierre Mignot) basée sur les éclairages naturels mettant en valeur le clair-obscur — Stanley Kubrick venait de tourner Barry Lindon — ce film frappe encore aujourd’hui par son esthétique soignée. Mais le moteur du film reste avant tout Monique Mercure dans le rôle de Rose-Aimée », a-t-il écrit.

À voir sur le site Onf.ca, de même que sur Illico et iTunes (Répertoire Éléphant – Mémoire du cinéma québécois).

Le mépris (1963)

Jean-Luc Godard

Impossible de choisir un seul film parmi tous ceux qu’a tournés Michel Piccoli, mort à l’âge de 94 ans, au cours de sa longue et riche carrière. Indissociable des univers de Luis Buñuel, Marco Ferreri, Claude Sautet et même, Leos Carax, l’acteur est intrinsèquement lié à quelques-uns de nos plus beaux souvenirs de cinéma. Alors, comment choisir un film parmi autant de classiques que Belle de jour, La grande bouffe, Vincent, François, Paul et les autres ou Mauvais sang ? En fixant son choix sur le film qui, d’une certaine façon, l’a vraiment révélé : Le mépris. Seul long métrage de Jean-Luc Godard financé en partie par les Américains, il fut, semble-t-il, très difficile à tourner, mais reste néanmoins à ce jour l’un de ses plus beaux films. Cette adaptation cinématographique du roman d’Alberto Moravia relate l’histoire de Paul, un scénariste parisien (Michel Piccoli) qui, avec son épouse Camille (Brigitte Bardot), se rend en Italie pour rejoindre le vétéran cinéaste Fritz Lang, qui tourne alors un film. La scène la plus célèbre du Mépris est probablement celle où Camille nomme chaque partie de son corps en sollicitant à Paul un commentaire. Ironiquement, cette scène a été ajoutée par Godard à la requête des producteurs américains, qui estimaient que Bardot était beaucoup trop effacée à leur goût. La trame musicale très lyrique de Georges Delerue a aussi contribué à magnifier un film qui commence avec une citation du critique André Bazin : « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs ».

À voir sur The Criterion Channel et iTunes (sous le titre Contempt). Aussi en Blu-ray/DVD.

Best in Show (2000)

Christopher Guest

Le nom de Fred Willard ne résonne peut-être pas autant que ceux de Monique Mercure et de Michel Piccoli dans notre imaginaire collectif, mais le génie comique de l’acteur, mort samedi dernier à l’âge de 86 ans, n’en a pas moins été salué par ses pairs. S’étant distingué autant au cinéma qu’à la télé, on retient notamment ses présences dans This is Spinal Tap, Anchorman : The Legend of Ron Burgundy, ainsi que dans Best in Show, où l’acteur a offert une composition tout simplement hilarante. Dans ce faux documentaire de Christopher Guest (Waiting for Guffman, A Mighty Wind), où l’on recrée un concours de beauté pour chiens en recueillant les commentaires de participants tous aussi délirants les uns que les autres, Fred Willard incarne un commentateur de la compétition canine. Le point culminant de cette comédie pince-sans-rire, qui repose beaucoup sur les improvisations des acteurs, est d’ailleurs atteint au moment de la grande finale. Cette partie nous vaut en effet les commentaires désopilants du vétéran commentateur sportif qui, ne connaissant strictement rien à la discipline, élève sa description au rang de poésie surréaliste. Rarement a-t-on autant ri. Best in Show (commercialisé sous le titre Le clou du spectacle au Québec et Bêtes de scène en France) reste d’ailleurs l’un des trésors cachés du cinéma satirique.

À voir sur Cineplex, Microsoft, iTunes, Google Play et YouTube. Aussi en Blu-ray/DVD.